MUSE

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Vintage typewriter shoot

MUSE

Ecrit par Ludovic Coué le 09 janvier 2019

Pas mal de gens se demandent comment viennent à l’esprit les bonnes histoires. La bonne histoire ! Celle qui est intéressante, qui surprend, oblige à lire jusqu’à la fin tellement elle est prenante. Comment est-elle venue à l’esprit de son auteur ? Mystère !

Il y avait ce gars qui vivait à la Nouvelle Orléans en Louisiane, dans les années cinquante. Ce type qui écrivait des histoires sensationnelles et qui avait connu un succès fulgurant. Tout le monde s’arrachait ses bouquins, ses recueils de nouvelles et ses romans. Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui, Gordon Smith ! C’est comme ça qu’il s’appelait. Je vais vous raconter son histoire…

Gordon Smith était issu d’une famille pauvre mais avait eu la chance de naître blanc, ce qui, au départ dans l’existence, dans une Amérique ségrégationniste était un bel atout. Il avait fait quelques études sans grand enthousiasme et à part les lettres, rien ne l’intéressait vraiment.

Il avait tout de même un don remarqué pour l’écriture, maîtrisant parfaitement la langue, l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Un sens de la syntaxe très développé. Ses professeurs l’avaient invité à se diriger vers le littéraire mais ses parents n’avaient pas les moyens de lui financer de telles études.

Il avait donc quitté le milieu scolaire assez tôt et trouvé un boulot dans une épicerie pour gagner sa vie. Sa jeunesse l’entraînait vers les plaisirs de la vie et il dépensait son salaire dans les bars et les bordels de la ville; vivant chez ses parents et n’ayant donc aucune charge à payer.

Son style de vie n’était pas du tout du goût de ses parents qui voyaient d’un très mauvais œil leur fils sombrer dans la débauche et le stupre. Ils décidèrent donc d’émanciper Gordon afin qu’il se prenne en main et se rende compte de la valeur de l’argent.

En lisant le journal un matin, Gordon y découvrit une annonce publicitaire pour les services d’un écrivain public. Il se renseigna à la bibliothèque municipale et apprit ce qu’était ce métier et les règles qui s’y afféraient.

Un mois plus tard, Gordon Smith louait un local, quittait son emploi à l’épicerie et contractait un prêt auprès de la banque pour acheter du mobilier et une machine à écrire; il voulait s’offrir une Remington Noiseless : Le top ! Une folie !

Il se fit bientôt livrer un bureau, un fauteuil, quatre chaises, un canapé-lit, une lampe de bureau, des classeurs à clapets et des liasses de feuilles à entête mentionnant son nom et sa qualité. Il fit installer le téléphone sans lequel rien ne serait possible.

Il fit ensuite passer une annonce dans le journal afin de se faire connaître et rapidement, se fit une clientèle nombreuse et variée. Un succès !

Gordon aimait son nouveau métier. Gagner sa vie en aidant les gens, il trouvait ça bath ! Il adorait écouter les problèmes des gens et travaillait dur pour y apporter des solutions, prodiguer des conseils et rédiger les courriers nécessaires à l’amélioration des situations parfois compliquées. Ses clients l’adoraient. Pensez ! Ce jeune homme sympathique qui savait écrire aux institutions, aux banques et qui arrivait à dénouer des  problèmes paraissant insolubles à un tarif raisonnable.

Le bouche à oreille fonctionnait parfaitement; si bien qu’en quatre mois, son agenda était plein, il était à flot, honorait ses traites et payait son loyer sans problème. Il mettait même de l’argent de côté « pour les coups durs » comme disaient ses parents.

Deux fois par mois, il s’autorisait une virée en ville le soir et fréquentait les claques où il passait la nuit, au milieu de toutes ces filles magnifiques et joyeuses. Il buvait du whisky, du champagne et s’abandonnait dans la chaleur capiteuse d’une compagne d’une nuit. La vie était une fête.

Son affaire a duré deux ans. Il connaissait le gratin comme les plus pauvres. Il rencontrait les juges, le sheriff, les avocats, les gars du syndicat et sa réputation était excellente à la Nouvelle Orléans. Deux ans… Deux années à rembourser les deux tiers de son crédit tout en amassant un petit pactole. Et puis la récession est arrivée comme un mauvais vent, une maladie pernicieuse grandissant comme une épidémie et les jours passant, la clientèle devint plus rare jusqu’au jour ou plus personne ne fit appel à lui. Ses services étaient devenus un luxe que plus personne ne voulait ou ne pouvait se permettre.

Il restait la journée entière à  regarder son téléphone devenu muet; ne pouvant s’empêcher de le décrocher plusieurs fois par jour pour vérifier la tonalité…

Il fallait bien admettre que c’était fichu; la récession n’allait pas disparaître de sitôt et ses économies n’allaient pas durer des années. Ce n’était pas une mauvaise passe; c’était la fin de son activité.

Il revendit donc son mobilier sauf le bureau,  sa précieuse machine à écrire et une chaise. Il alla s’installer dans une pension tenue par une grande dame fine et très stylée; une beauté noire d’une cinquantaine d’années qui tenait sa maison d’une main de fer. Une maîtresse femme ! Toujours bien habillée et fort respectée aussi bien par son personnel que par ses clients. L’établissement était d’une propreté irréprochable et le service impeccable; le tout pour un loyer très raisonnable…

Gordon installa son bureau et sa chaise face à la fenêtre. Quand la maîtresse de maison lui demanda ce qu’il faisait dans la vie, Gordon répondit machinalement « écrivain ». Elle lui demanda alors quel genre d’histoires il écrivait; il lui répondit que ça dépendait de son humeur. Sur quoi elle le laissa s’installer.

L’idée était là. Ecrivain ! Que pouvait-il faire d’autre ? Retourner à l’épicerie ? Non ! Il valait mieux que ça… Il lui suffisait de trouver de bonnes histoires, d’écrire des nouvelles et de les faire publier. Ce ne serait sans doute pas facile au début; mais il avait un carnet d’adresses et il arriverait sans doute à faire jouer ses relations. Mais même avec des relations, il fallait une sacrée bonne histoire à raconter; et pas qu’une !

Des gens ont vu Gordon courir jusqu’à la bibliothèque pour emprunter les œuvres d’Alan Edgar POE et de Conan Doyle afin de s’en imprégner à nouveau et quand il eut tout relu, il s’installa devant sa machine à écrire, prêt à noircir des pages d’histoires fabuleuses…

Il resta ainsi durant des heures sans qu’aucune idée n’apparaisse dans son cerveau survolté. Il finit par aller se coucher, dépité, en implorant intérieurement de l’aide. Il s’endormit et se réveilla d’un bond vers quatre heures du matin. Une histoire géniale avait pris forme dans son esprit durant son sommeil ! Il avait toute le scénario en tête; le début, les différentes étapes et la fin si surprenante. Il sauta hors de son lit et s’attela à la tâche. La facilité avec laquelle il couchait sa nouvelle sur le papier le rendait euphorique et il sentait déjà germer en lui d’autres histoires extraordinaires et fantastiques qu’il notait sur une feuille à part pour ne pas les oublier, au fur et à mesure qu’elles apparaissaient dans son esprit.

En deux semaines, il n’avait pas moins de dix nouvelles originales. Il appela ses différents contacts pour demander un coup de main à se faire éditer et, contre toute attente, ce fut le juge Anderson qui l’invita à lui montrer ses nouvelles. Il se trouve que le juge Anderson était propriétaire d’une imprimerie qu’il tenait de ses parents fortunés.

Le recueil de nouvelles fut imprimé et édité à deux cents exemplaires par le juge et le succès fut immédiat parmi l’entourage d’Anderson qui avait personnellement assuré la publicité auprès de toutes ses connaissances.

Quand au bout de deux semaines Gordon demanda à Anderson comment se passait la vente de son recueil, le juge lui apprit qu’il était en train d’imprimer sa quatrième édition et qu’il était preneur pour un autre recueil avec d’autres nouvelles ! Il parla d’un contrat exclusif qu’il fallait discuter autour d’un dîner.

Des histoires ? Gordon en avait une par semaine; elle arrivait à prendre forme dans son esprit le soir avant qu’il ne s’endorme; son cerveau s’était semble-t-il habitué à cet exercice vespéral et il avait atteint une vitesse de croisière confortable. En plus de ses nouvelles, des romans étaient en cours de rédaction…

C’est ainsi que Gordon SMITH a connu la renommée d »un écrivain à la mode. Ses livres se vendaient bien malgré la  crise et son contrat avec le juge éditeur était intéressant et lui rapportait gros. Et il faut bien l’avouer, Gordon avait attrapé la grosse tête. Son orgueil était démesuré et il était devenu méprisant et hautain.

Durant ce laps de temps, Gordon fréquentait assidument les bordels de son quartier et il y était accueilli comme un prince. Ce qui semblait lui convenir tout naturellement.

Un soir de débauche, alors qu’il sirotait un gin, confortablement installé sur un canapé de velours grenat à l’armature en bois vernis et noir qui reflétait les luminaires, une nouvelle pensionnaire se présenta à lui. Une belle fille à la peau très sombre et aux cheveux tombant en cascade sur ses reins. Son visage était d’un sublime ovale et ses yeux en amande auraient pu faire fondre la banquise. Quant à son sourire, Dieu tout puissant ! Un aimant hypnotique; surtout quand elle dévoilait ses dents si blanches ! Elle respirait la sensualité; tout en elle était merveilleusement proportionné.

Le galbe de ses jambes, de ses seins si fermes et pointus sous la soie transparente et sa croupe pommelée incendiaire affolèrent Gordon qui tomba instantanément sous le charme.

Ils montèrent sans attendre dans la chambre de la beauté, s’enlacèrent voluptueusement et leur étreinte fut d’une rare intensité.

Quand il lui demanda son prénom, elle répondit Melpomène.

Il se fit la réflexion qu’il n’avait jamais entendu un tel prénom !

Gordon n’avait encore jamais connu un tel plaisir ni une telle excitation. Leur coït se répéta deux fois, avec le même élan, la même attirance et la même jouissance partagée.

Quand à bout de force, vidé, hébété, Gordon sortit de sa partenaire il se laissa choir sur le dos, les yeux rivés au plafond.

La belle se pencha sur lui et lui demanda comment lui venaient ses idées pour ses nouvelles et ses romans. Avait-il une Muse qui lui susurrait à l’oreille  ?

_ Une Muse ? Une Muse ! Et puis quoi encore ? Qu’est-ce que c’est que ces bêtises ? Mais non ! C’est mon intelligence et mon imagination qui conçoivent toutes ces histoires ! Une Muse ! Elle est bien bonne celle-là ! Mes œuvres sont uniquement le fruit du travail de Gordon SMITH ma beauté; de personne d’autre ! Ne m’embête plus avec ton histoire de Muse. Approche que je puisse t’embrasser à nouveau…

Melpomène parut se rembrunir et se leva prestement, se rhabilla et lâcha sur un ton glacial : Pas de Muse, hein ? Eh bien soit ! Monsieur SMITH ! Et elle disparut en claquant la porte derrière elle.

Gordon fut très surpris par la réaction de la belle et fut encore plus surpris de ne pas la retrouver dans l’établissement. Il alla questionner la tenancière qui lui avoua ne pas connaître de Melpomène ! Elle éclata de rire : Melpomène ! Quelle idée !

Gordon rentra chez lui et se coucha immédiatement; en proie au ravissement et à l’incompréhension. Qui Diable était donc cette diablesse de… Comment déjà ? Merde ! Me rappelle plus de son nom !

Au réveil, Gordon avait la gueule de bois et son sexe était cuisant… Il avala deux aspirines avec une gorgée d’eau et s’assit devant sa machine à écrire. Contrairement aux jours précédents, il avait la tête vide. Pas une idée, pas la moindre.

Il se dit qu’après toute cette production, il était peut-être normal de faire une pause et d’attendre un peu. Il pouvait se le permettre car il avait pas mal de textes d’avance; de quoi tenir quelques mois et d’honorer son contrat.

Mais les semaines passèrent et plus aucune inspiration. Le fabuleux mécanisme semblait être cassé. Pour qui ? Pourquoi ? Mystère !

Au bout d’un moment, son éditeur se fit plus pressant, lui demanda sur quoi il travaillait. L’échéance approchait et il devrait bientôt lui fournir de quoi contenter les lecteurs qui piaffaient déjà d’impatience…

Gordon avait perdu de sa superbe. Emprunt de morosité, il en était venu à prier le soir avant de s’endormir : Par pitié ! Envoyez-moi une idée; au moins une pour que je puisse honorer mon contrat. S’il vous plait…

Et un matin, Il l’avait ! Une histoire du tonnerre ! Une affaire de meurtre bien sanguinolente et sordide avec du sexe et de la barbarie. Tout ce qui plait aux lecteurs ! Ils ne vont pas être déçus, sûr !

Gordon ôta la bâche en plastique gris qui recouvrait la machine à écrire depuis des semaines, sortit une nouvelle ramette de papier et se mit joyeusement et fébrilement au travail tout en remerciant le bon Dieu d’avoir exaucé ses prières.

L’histoire avançait bien; si bien que ce serait un roman. Son best-seller ! Le livre de sa vie, forcément. Seulement, pour cette histoire, il lui manquait certaines connaissances… Pas pour la description des lieux car sa mémoire photographique était parfaite. Non, c’était dans un tout autre domaine qu’il avait des lacunes et il allait devoir les combler au plus vite…

Quand Gordon eut terminé son roman, qu’il l’eut relu quatre fois sans en modifier grand-chose, il sut avec certitude qu’il tenait-là une vraie pépite, une grosse pépite; du genre de celles qui vous assurent une rente à vie; pas moins !

C’est avec fébrilité qu’il déposa son manuscrit chez le juge éditeur. Il le remit en main propre à Anderson dans son bureau cossu recouvert de boiseries du sol au plafond avec ses grands tableaux de maîtres aux murs éclairés par le dessus par des petites lampes électriques.

_ Que m’apportez-vous-là Gordon ? Ça me semble bien épais…

_ Un roman. Et sans vouloir paraître prétentieux, je crois qu’il fera notre fortune à tous les deux.

_ Oh ! Vraiment ? J’ai hâte de le lire ! De quoi traite-t-il ?

_ D’un crime.

_ Bigre ! Ça ne va pas me changer les idées avec toutes les affaires en cours… Hé hé ! Je plaisante. Je le lirai ce soir après mes séances au tribunal. Je vous en reparle demain…

En quittant le domicile du juge, Gordon avait l’impression d’être sur un petit nuage, persuadé d’être à présent à l’abri pour toujours. Il était tellement excité par le succès qu’allait rencontrer son roman qu’il décida d’aller se promener dans la chaleur de l’été. Se dégourdir les jambes dans les rues de la Nouvelle Orléans lui ferait le plus grand bien.

En passant devant la maison close où il avait ses habitudes, Gordon remarqua à peine la présence des voitures de police ainsi que celle des journalistes.

Il était bien trop obnubilé par le succès garanti de son roman. Peut-être serait-il édité dans plusieurs langues, vendu à l’étranger ? Il deviendrait une vraie célébrité ! Il pourrait bientôt s’acheter une automobile et peut-être aussi sa propre maison.

Et il marcha ainsi toute l’après-midi, perdu dans ses rêveries et ses spéculations.

_ Allo, Sheriff ? C’est Anderson.

_ Oui votre honneur, que puis-je pour vous ?

_ Vous pouvez m’en dire un peu sur la fille assassinée au bordel ?

_ Eh bien Monsieur le juge, au téléphone, c’est un peu gênant.

_  Oui. C’est vrai. Veuillez simplement répondre à mes questions, s’il vous plait… La malheureuse a-t-elle été retrouvée sur le dos et avait-elle les mains et les pieds attachés aux montants de son lit ?

_ Oui, en effet.

_ A-t-elle été ouverte du pubis au sternum d’un seul trait ?

_ Oui… Mais…

_ A-t-elle été vidée comme un poisson de la totalité de ses viscères qui ont été disposés autour d’elle sur le lit ? Et ses intestins enroulés autour de son cou en guise de collier ?

_ Comment…

_ Le criminel a-t-il laissé des objets à l’intérieur de ses orifices naturels ? Dont un manche de pelle qui ressort par le vagin d’une part et la bouche d’autre part ?

_ Bon Dieu ! Anderson ! Comment savez-vous cela ? Personne n’est au courant de ces détails sordides ! A part moi et mes gars. La porte de la chambre a été condamnée et il y a un garde devant.

_ Il faut qu’on parle… Rejoignez-moi immédiatement chez moi. J’ai quelque chose à vous montrer…

Ce soir là, en rentrant chez lui, Gordon eut la surprise de trouver le Sheriff et deux de ses adjoints dans sa chambre. L’arme au poing…

Gordon a été inculpé du meurtre de la prostituée avec préméditation. Bien qu’il n’ait pas pu être prouvé sa présence sur les lieux du crime ce jour-là, la description du meurtre dans le manuscrit, son passage à l’hôpital quelques jours plus tôt, en chirurgie pour se renseigner sur l’anatomie humaine et poser des questions sur les différents scalpels et bistouris ont conforté le jury à croire dans sa culpabilité. Verdit : Coupable et peine de mort !

Le roman n’a jamais été publié, mais la photo de Gordon était en première page dans tous les journaux américains…

Il paraît que dans le couloir de la mort, Gordon priait tous les soirs et implorait le pardon pour autre chose que son crime. D’après les gardiens, il ne priait pas Dieu, non. Pas Dieu.

Au moment de son exécution, alors qu’on l’avait assis sur la chaise électrique, attaché et qu’on avait déposé sur sa fraîche tonsure au sommet de son crâne une éponge humide; avant qu’on lui recouvre la tête d’une capuche, Gordon qui était apparemment resté calme jusque là avait semblé afficher un grand étonnement en regardant sur sa droite et s’était soudain mis à hurler un Nooooon ! Effrayant.

Sur le meuble de rangement, il y avait une plaque métallique rivetée qui portait l’inscription : « M.U.S.E. FURNITURE – Langley ».

Je dédie cette nouvelle à ma Muse que je chéris, vénère et qui a toute ma gratitude.

2 Commentaires

  1. Toujours aussi surprenant! 😆
    Tout comme à la lecture de « l’archer maudit « ….je t’ai vu évoluer dans l ‘histoire. …mais fort heureusement, en quittant la scène, lorsque la situation devient tragique, burlesque, dramatique !
    Malgré tout, la moralité reste la même : quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Pourquoi insister avec une nouvelle flèche, une nouvelle histoire ? Ça ne vaut pas la vie d’un(e) innocent (e) en plus des victimes collatérales 😉

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