NIBIRU

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NIBIRU

 

NIBIRU

 » Crois-tu que c’est vraiment la fin ? » Quand ma femme m’a posé cette question, elle avait  les yeux remplis de larmes. Elle pensait probablement aux enfants partis à l’étranger pour leurs études. Moi aussi je pensais à eux et je serrais les poings au fond de mes poches. Impuissant et en colère. Je n’ai pas pu répondre mais je l’ai prise dans mes bras et alors que le ciel commençait à virer à l’orange ; un ciel qui comportait une multitude de points lumineux qui grossissaient maintenant à vue d’œil, elle a enfoui son visage au creux de mon épaule et je la sentais sangloter.

 

Depuis la nuit des temps, les hommes ont toujours évoqué NIBIRU ou NEMESIS comme étant un astre néfaste, synonyme de fin du monde. C’est écrit dans les textes sacrés les plus anciens. Une planète à la course étrange qui réalise une longue ellipse à travers notre système solaire et revient frôler la Terre à intervalles réguliers tous les trois mille six cents ans pour perturber notre climat, notre champ magnétique comme celui du soleil, inverser les pôles magnétiques de la Terre et causer des extinctions massives. Comme celle des dinosaures ?

 

La plupart des gens pensaient à ce sujet qu’il ne s’agissait en fait que d’élucubrations de fantaisistes, de millénaristes ou plus simplement d’esprits dérangés en mal de sensationnel et de renommée. Seulement, dans les années quatre-vingt, les scientifiques ont prouvé qu’une telle planète faisant quatre fois la masse de la Terre pouvait bien exister et en 2019, d’autres astronomes en sont arrivés à conclure que l’astre n’était peut-être pas aussi éloigné qu’on pouvait le penser.

 

En 2025, la NASA a fini par détecter  la mystérieuse planète en approche et précisé que sa trajectoire la menait bien dans notre direction. Autre fait notable, la planète était accompagnée d’une nuée d’astéroïdes qui, si la planète elle-même n’entrait pas en collision avec la Terre, eux ne manqueraient pas de s’abattre sur nous. Une pluie de roches et de feu comme personne n’en avait jamais vue.

 

Sur le moment, beaucoup n’y ont pas cru, ont crié à la manipulation des masses ; mais quand le phénomène s’est installé dans les journaux télévisés sur toutes les chaînes et tous les jours, il leur a bien fallu admettre l’évidence. Une catastrophe s’annonçait, elle arrivait des confins de l’espace et nous fonçait droit dessus comme un bolide et personne n’y pouvait rien ; même pas Bruce Willis… Je me surprends à faire encore de l’humour.

 

Pas mal de bruits ont couru sur le compte du gouvernement qui aurait, à l’instar des autres leaders mondiaux, fait creuser de gigantesques abris sous terre afin de sauver quelques privilégiés fortunés.

Le monde n’avait jamais connu autant de messies qui expliquaient à qui voulait l’entendre que ce qui allait arriver était la volonté de Dieu et qu’il était encore temps de faire pénitence pour gagner le salut.

 

Les grandes métropoles ont vécu le chaos et la violence comme jamais auparavant. Une vague d’abattement a frappé les populations et plus grand chose ne fonctionnait encore ; plus personne ne voulait s’astreindre à aller travailler ; cela n’avait plus grand sens dans la mesure où tout le monde allait prochainement mourir.

 

Nous, nous nous sommes organisés pour vivre le mieux possible sans devoir prendre de risques. Au niveau local, nous nous sommes regroupés pour nous entraider mutuellement et rapidement, un système de troc s’est mis en place, système qui nous a permis d’assurer le minimum nécessaire à nos besoins.

 

Curieusement, le fait de savoir notre fin bientôt arriver nous a procuré une sorte de liberté. Nous ne nous faisions plus de souci au sujet des impôts, des prêts à rembourser ; l’argent avait perdu tout son sens. Ce qui comptait, c’est ce que chacun pouvait apporter aux autres en termes de savoir-faire : médecins, infirmiers, boulangers, plombiers, électriciens, bouchers, agriculteurs et autres personnes capables de produire quelque chose d’utile.

 

Autre signe des temps, tout le monde a dû se procurer au moins une arme en raison des bandes qui sillonnaient les rues en quête de rapines et de violence gratuite. Nous n’avons eu affaire qu’à une de ces bandes ; nous les avons facilement repoussés car ils ne s’attendaient certainement pas à une telle résistance ni à une telle puissance de feu. On ne les a jamais revus ; ils sont partis lécher leurs plaies dans ce qui devait leur servir d’abri.

Au fur et à mesure que la planète approchait, les cataclysmes s’enchaînaient : Tsunamis, séismes, cyclones dantesques.

 

Les enfants sont au Canada et il leur est impossible de rentrer. Tant que le Net fonctionnait, nous avons pu via Skype nous entretenir avec eux. La dernière fois que nous les avons vus sur l’écran du portable, ils allaient bien et étaient entourés de gens sensés et bienveillants. Cela date de six mois déjà.

 

On finit par s’habituer à tout finalement. Après la peur, l’abattement, la colère, s’est installée une forme de sérénité, d’acceptation. On a suivi la progression de Némésis dans notre ciel, grossissant chaque jour un peu plus au-dessus de nos têtes, à mesure qu’elle se rapproche.

 

Ce matin, en me levant, j’ai levé la tête pour la regarder, comme je le fais tous les jours. Elle paraissait énorme, monstrueuse et dangereuse. J’ai remarqué qu’elle n’était pas seule ; d’autres objets l’accompagnaient, l’entouraient comme une meute de loups aux dents acérées et aux yeux de braise. J’ai compris que c’était pour aujourd’hui.

 

Je suis allé réveiller mon épouse en déposant un baiser sur sa joue. Ses cheveux longs étaient étalés en une nappe soyeuse et ondulante sur l’oreiller. Elle m’a souri.

Nous avons décidé de passer une journée radieuse, une journée parfaite.

 

Je tiens ma femme dans mes bras. Le ciel rougit. Un vent mauvais s’est levé et on entend maintenant d’incroyables sifflements suivis d’effroyables explosions. La terre tremble. Ce n’est plus qu’une question de minutes, de secondes peut-être ? Je ferme les yeux à mon tour et serre dans mes bras l’être que je chéris le plus au monde un peu plus fort. Nous ne faisons qu’un. Je remercie la vie pour ce qu’elle a été, ce qu’elle m’a apporté. Encore une pensée pour nos enfants en espérant qu’ils pourront survivre à ça et recommencer une humanité. Je respire profondément, apaisé. Je m’abandonne…

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