La découverte du Pr. MARCH

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MARCH

 

 

Ecrit par Ludovic Coué le 11 mai 2018

 

 

 

Vous me connaissez, je suis plutôt quelqu’un de pragmatique et je ne crois pas aux histoires de fées, ni aux miracles de quelque nature que ce soit.

Cependant, je me dois de vous confier cette aventure qui m’a amené à reconsidérer ma position vis-à-vis de certains sujets. Et j’ai les preuves de ce que j’avance.

 

Tout le monde a entendu parler des OVNI ; mais qui en a vu ? Posez-vous la question. Dans votre entourage, votre famille ou votre cercle d’amis, connaissez-vous une seule personne digne de confiance qui assure avoir croisé un OVNI ?

Moi non. Pas un seul.

Les seuls témoins d’une observation que j’ai en mémoire sont ceux qui sont passés à la télévision dans des émissions à sensation.

Du moins je n’y croyais pas; même s’il me paraissait logique que d’autres espèces intelligentes puissent exister en dehors de notre planète, plus ou moins intelligentes et avancées que nous. Je n’y croyais pas avant mon déplacement en Amérique du sud. C’est la que j’ai eu la révélation…

Tout ça a commencé par un appel du professeur March. Un appel téléphonique en pleine nuit, une voix éraillée et surexcitée :

Nous l’avons trouvé Jean ! Il est fantastique ! Gigantesque ! Et intact ! Il existe ! Vous comprenez ? Il existe ! Il est à moitié enterré. J’ignore encore depuis quand il est là. C’est la découverte du siècle ! Du siècle… Non ! De l’histoire de l’humanité ! Ha ha ! Venez vite, nous avons besoin de vous ! Je vous faxe la carte. Et… Pas besoin de vous dire que tout ça doit rester secret.

_ Evidemment. Je pars au plus tôt. A bientôt.

 

Il était trois heures du matin à Paris et j’ai mis du temps avant de réaliser l’importance de la découverte. Ensuite, je n’ai cessé de courir pour arriver en Guyane.

Paris, Guadeloupe, Cayenne, la jungle.

J’ai, accompagné par des guides enrôlés par March, franchi quelques frontières à travers la verte et par les fleuves. Nous sommes arrivés dans un bled improbable où nous avons pu prendre un train qui semblait dater du dix-huitième siècle…

Lorsque le train s’est enfin arrêté, tout le monde s’est précipité vers la sortie et nous sommes descendus sur un quai minuscule plongé dans la pénombre. Malgré l’heure tardive et la nuit tombée, il y régnait encore une chaleur accablante. Le coton de ma tenue de brousse collait sur ma peau et j’avais l’impression qu’une éternité me séparait de ma dernière douche.

 

Le quatre-quatre qui nous attendait à la sortie de la gare (Peut-on raisonnablement appeler ça une gare ?) nous a permis de quitter ce semblant d’urbanisme pour plonger  immédiatement à nouveau dans l’enfer vert.

Ce que l’on vous montre de la jungle dans les reportages n’est pas complet. Il y manque les cris, les odeurs, la pourriture omniprésente aussi bien végétale qu’animale et surtout ces satanées saletés d’insectes qui n’arrêtent jamais de vous harceler.

Du quatre-quatre nous sommes rapidement passés à la pirogue et nous avons marché durant six jours. Mes compagnons se sont révélés très efficaces; aussi bien pour nous orienter que pour nous approvisionner en nourriture fraîche. Ils n’ont pas leur pareil pour dégommer un singe perché dans les cimes.

Nous sommes passés à plusieurs reprises à proximité de villages indiens en prenant grand soin de ne pas croiser les villageois.

Nous sommes arrivés finalement au campement du professeur March. Et là, j’ai vu l’engin à moitié enterré. Grand comme plusieurs terrains de foot. Incroyable ! D’aspect métallique et d’un joli bleu luisant. Curieusement, à part la terre qui semblait recouvrir la moitié de l’engin, aucun végétal n’avait colonisé la partie dégagée. Il ne m’a pas échappé non plus qu’autour du site, la terre était exempte de tout arbre ou herbe dans un périmètre important.

Aucune souche ne trahissait l’intervention humaine.

Pas mal de gars s’affairaient à l’aide de pelles et de pioches à dégager l’appareil.

L’objet était au centre d’une énorme clairière.

Le professeur March m’a accueilli complètement surexcité :

_ Vous le voyez Jean ? Hein ? Vous le voyez ? Il est énooorme ! Enoorme ! C’est fantastique ! On est en train de dégager la partie enterrée et ça va nous prendre des jours.

_ Oui. Je le vois. Avez-vous une idée de l’époque où il a atterri ?

_ Non. Pas encore. Mais vu que la terre qui le recouvre est en partie fossilisée et dure comme de la pierre en profondeur, j’imagine que ça ne date pas d’hier… J’ai quelque chose à vous montrer, suivez- moi… Bon Dieu ! On en a trouvé un ! Vous saisissez ce que cette découverte signifie ? Les implications ? Ha ! Les curés vont en faire une jaunisse !

March m’a entraîné en dehors de la clairière, assez loin et nous sommes tombés sur une pierre sculptée de deux mètres de haut. Elle comportait des glyphes de style Maya.

_ Intéressant professeur…

_ Intéressant ? Il y en a onze autres comme celui-là qui entourent l’OVNI en formant un cercle parfait ! Ils sont tous reliés par un petit muret de pierres. Pouvez-vous le déchiffrer ?

_ Sans doute. Je le prends en photo. Les autres sont-ils identiques ?

_ Oui. Apparemment. On les a déjà pris en photo. Il y en a une différente un peu plus loin, plus grande, plus haute. Les clichés sont sur une carte mémoire, près de l’ordi qu’on vous a préparé dans votre tente.

_ Avez-vous communiqué à propos de votre découverte ?

March se rapproche de moi et rajuste ses lunettes : « Vous êtes sérieux ? A la minute où je communiquerai avoir découvert un OVNI, des hélicos noirs décolleront  à quelques milliers de kilomètres d’ici et on m’empêchera de l’étudier. Une grande puissance s’en emparera et on n’en entendra plus parler. Et qui sait ce qu’il pourrait bien advenir de nous ? Vous êtes le seul à avoir été informé.

J’ai pris possession de mes quartiers et j’ai commencé à examiner les photos des stèles.

Mes connaissances linguistiques m’ont permis de déchiffrer en partie le texte gravé. En partie seulement car l’écriture ne correspond pas parfaitement au Maya. Il y a quelques différences au niveau de certains glyphes inconnus qui m’ont obligé à interpréter certains passages. Les douze  textes étaient parfaitement identiques. Cela disait en gros : N’avancez pas au-delà ! Respectez ce lieu. Ici reposent les Dieux. Tout homme qui souhaite demander audience aux Dieux doit chanter…??? Quatre glyphes inconnus suivaient.

Par contre, la plus grande racontait une toute autre histoire… Celle de trois Dieux descendus du ciel.

L’un d’eux est venu à la rencontre de la population pour la diriger et la faire évoluer. Il a régné en maître durant des milliers d’années, bien avant que l’eau ne dévaste tout. Mais les choses ont mal tourné quand les hommes ont voulu prendre la place du Dieu à la tête du peuple. Ils ont tué leur Dieu.

J’ai fait part à March de ma traduction approximative. Il a foncé les sourcils et a souri.

_ Rien de bien surprenant. N’est-ce pas ? Venez, on va monter dessus. Il nous attend !

Nous avons gravi le monticule qui recouvrait une partie de l’engin et avons posé les pieds à sa surface. En l’examinant de près, j’ai observé que le métal bleu n’avait subi aucune corrosion. Aucune trace d’oxydation. Il était comme neuf.

Il na brillait pas, semblait absorber la lumière; il était comme satiné.

Nous avons découvert un petit espace circulaire au centre, délimité par un sillon de moins d’un millimètre de largeur, à peine visible en profondeur et d’à peu près un mètre de diamètre. A la périphérie, le vaisseau ne semblait pas être exactement fait du même métal; la couleur n’était pas tout à fait la même non plus et cela semblait beaucoup plus lisse. J’ai tapé du pied mais contrairement à ce que je pensais, ça ne sonnait pas creux.

Aucune inscription n’était visible et l’ouverture d’un tel engin semblait énigmatique, voire impossible. A moins…

_ Professeur, l’OVNI est-il à l’endroit ?

_ Comment ça, à l’endroit ?

_ S’il est à l’endroit, l’ouverture se trouve peut-être dessous…

_ Mais vous avez raison ! Nous allons creuser pour dégager son périmètre inférieur.

Nous avons utilisé toutes les technologies pour détecter quoi que ce soit et… Rien ! Pas une radiation, aucun son, aucune émission radio ne sortait de l’OVNI.

Au bout de deux jours, nous avons trouvé ce qui s’apparentait à une trappe, une porte. Le professeur a passé la main tout autour en espérant déclencher quelque chose.

A travers le métal, des signes lumineux sont apparus en haut à gauche de l’entrée : trois lignes de quatre symboles.

_ Merde alors ! S’est exclamé Marsh. Douze signes ! Comment trouver la combinaison ?

_ Cela va nous prendre des années… Mais cela peut s’avérer dangereux.

_ Comment ça ?

_ Il y a peut-être un système de sécurité, d’alarme qui se déclenche au bout de quelques essais infructueux ? Pour écarter les intrus ? J’imagine que si la végétation n’a pas pu submerger le vaisseau, ce n’est pas sans raison.

_ Humm… On n’est pas sortis de l’auberge ! Ces signes vous disent-ils quelque chose ?

_ Non. Inconnus au bataillon ! Peut-être reste-t-il des traces des précédentes utilisations ? En passant le cadran au peigne fin, on pourrait au moins savoir combien de signes sont concernés.

_ On va faire ça Jean, on va faire ça.

Le spectromètre a révélé que quatre signes seulement étaient utilisés. Ce qui réduisait considérablement le nombre de combinaisons à 256. Restait à savoir comment s’y prendre pour les composer sans s’exposer au danger.

Marsh a eu l’idée d’utiliser un robot relié à un PC pour tester les différentes combinaisons.

Nous avons donc transféré le camp hors de la clairière et devant le muret, près de la stèle gravée. Nous pensions qu’à cette distance, nous serions à l’abri.

En observant à nouveau la pierre dressée, j’ai réalisé que les passages que je n’avais pas réussi à traduire comportaient des signes très proches de ceux de l’entrée du vaisseau.

La pierre disait qu’il fallait chanter… quatre signes inconnus pour obtenir audience auprès des Dieux ! Bon sang, c’était sous nos yeux !

March a programmé le robot pour « chanter » les signes, mais rien ne s’est produit.

_ « Nous revoilà à la case départ » a soupiré le professeur, déçu.

_ A moins que…

_ A moins que quoi ?

_ Le doigt du robot n’émet pas de chaleur et ne comporte pas d’ADN. Peut-être faut-il une main humaine pour composer le code ?

_ Peut-être… Mais qui serait assez fou pour tenter ça ?

_ Je veux bien tenter ma chance. J’avoue que l’idée d’entrer à l’intérieur me tente beaucoup.

_  Tout comme moi ! On y va tous les deux.

L’honneur de composer le code est naturellement revenu au professeur. C’était sa découverte après tout.

Après avoir effleuré le premier signe, ce dernier a changé de couleur pour passer du jaune au bleu clair, puis le deuxième et le troisième. Quand le quatrième a pris la teinte du ciel, le sas s’est ouvert et l’intérieur s’est éclairé.

Nous sommes entrés avec beaucoup de précaution. Marsh filmait sa progression à l’intérieur. Il régnait une atmosphère silencieuse, paisible et très lumineuse. Le couloir que nous avons emprunté s’inclinait un peu plus loin pour monter. Nous avons poursuivi en silence pour déboucher dans une vaste salle comportant un grand pupitre et un siège à haut dossier.

Une lumière jaune clignotait en face du siège sur une sorte de guidon en demi-cercle; un demi volant.

Nous avons découvert une autre pièce comportant deux grands tubes horizontaux posés à même le sol. Les extrémités de chaque tube s’ornaient d’un cône orné de petites lumières qui semblaient vibrer lentement. Des lumières bleues. Une lumière jaune plus large était aussi allumée.

Les tubes étaient recouverts d’une poussière fine. Quand de la main, j’ai enlevé la poussière d’un des tubes, j’ai fait un bond en arrière. Il y avait à l’intérieur un être qui semblait dormir. Marsh s’est approché et a lâché un : Jésus, Marie, Joseph ! C’est fantastique ! Les Dieux sont encore là ! Sont-ils en vie ?

_ La couleur bleue semble être un bon signe, non ?

_ Ils sont magnifiques ! Vous avez vu leur taille et leur carrure ? Ils ne sont pas très différents de nous. Pourquoi sont-ils ainsi en léthargie ?

_ Je crois qu’ils attendent le retour du troisième.

_ Bigre ! C’est une sacrée sieste qu’ils ont fait là. Vous croyez que…

_ Non ! Mauvaise idée ! Je ne crois pas qu’ils verraient d’un bon œil deux humains dans leur vaisseau !

_ On ne peut quand même pas les laisser ainsi ? Vous vous rendez compte ? Ils dorment depuis des milliers d’années en attendant que leur compagnon les réveille.

_ Si vous les réveillez, à condition de pouvoir le faire, vous déclencherez une catastrophe. La disparition du troisième ne va pas leur faire plaisir. Savez-vous de quel pouvoir de destruction ils disposent ? Non. Au mieux, ils vont repartir et vous n’aurez plus rien à étudier.

_ Jean, mon ami, je me fiche pas mal d’étudier quoi que ce soit. Mon rêve est exhaussé. J’ai vu et visité un OVNI et je vois leurs occupants. C’était le rêve de toute ma vie et ce, depuis que je suis gosse. Je ne vais pas les laisser comme ça. Vous pouvez rester et découvrir leur réaction ou partir et observer de l’extérieur la suite des événements.

_ J’ignore si vous avez raison ou tort, March. Pourquoi ne pas les réveiller et sortir de là au plus vite tous les deux ?

_ Non. Je veux leur parler, les remercier pour leur apport à l’humanité. Avec mon bloc et mon crayon je vais leur expliquer la situation par des dessins. Ils comprendront. Si ça se passe bien, je vous enverrai un signe. Allez-y. Quoi qu’il arrive, j’en serai heureux. Partez avant que j’appuie sur le bouton jaune. Tenez, voici le caméscope. Gardez le film précieusement. Faites-en ce que bon vous semble.

 

Je suis ressorti du vaisseau, le caméscope à la main et j’ai regagné le camp. Dès ma sortie, le sas s’est refermé.

Nous avons attendu deux heures sans que rien ne se passe.

Et puis, la périphérie de l’engin s’est animée de différentes couleurs palpitant de plus en plus rapidement. La couleur du vaisseau a changé pour virer à l’argenté. La terre et l’air se sont mis à vibrer, puis la terre a tremblé.

L’arrière du vaisseau s’est lentement relevé et l’engin a reculé pour se dégager de la terre qui le recouvrait en partie. Il est resté un moment stationnaire à deux mètres au-dessus du sol et il a pivoté deux fois sur son axe à notre gauche et notre droite à la manière qu’ont les aviateurs pour effectuer un salut amical. J’ai ressenti une vive émotion en pensant à March qui se trouvait à l’intérieur de l’OVNI et me disait ainsi au-revoir.

Ensuite, le vaisseau a entamé son ascension de plus en plus rapide. Il a soudain pris une vitesse folle et a disparu.

Ces quelques lignes que vous venez de lire sont mon témoignage sur ce qui s’est produit au campement du professeur March. J’ai toujours la carte mémoire qui contient toutes les prises de vue extérieures et intérieures du vaisseau, ainsi que les deux extra-terrestres dans leur tube.

March a disparu, Tout le monde le cherche mais moi je sais que là où il se trouve, il est heureux.

 

 

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