LAURA

0
37

LAURA

 

 

 

Ecrit par Ludovic Coué le 08 mai 2018

 

 

 

 

 

 

 

Bernard est devenu au fil du temps ce qu’il détestait le plus à une certaine époque…

 

Un boulot, un mariage, des enfants, une maison puis un divorce douloureux. Et aujourd’hui, le même boulot, plus de maison et ses enfants le détestent. Seul avec ses démons.

 

 

 

 

 

Bernard a connu une vie heureuse en compagnie de Liz, son épouse.

A deux, ils tiraient des plans sur la comète et ça leur plaisait bien. Ils avaient réussi à bien s’installer dans la vie.

Seulement, Bernard avait de gros travers et il les avait cachés à Liz !

Contrairement à ce qu’il prétendait, il n’avait aucune ambition, préférait s’abandonner à la flemme en regardant les matchs de foot à la télé en jogging, une bière dans une main, le paquet de chips dans l’autre. Pas de sport, aucune passion et un culot incroyable !

 

Son boulot consistait et consiste toujours à effectuer des inventaires et délivrer des matériaux. Bien qu’il ait prétendu  que ses capacités et sa volonté le propulseraient rapidement en haut de l’échelle, il n’a jamais rien fait pour progresser d’un iota. Il invoquait régulièrement des raisons mensongères et absurdes pour expliquer sa stagnation.

 

Au bout de quelques années, l’achat d’une maison, de deux voitures à crédit et deux enfants, la vie s’est peu à peu détériorée à la maison; Liz supportant de plus en plus mal son comportement apathique et sa prise de poids régulière.

Au cours des années quatre-vingt-dix, avec l’arrivée des PC et du Net dans les foyers, Bernard a trouvé-là un environnement propice à son penchant pour la facilité et le désœuvrement; passant tout son temps libre à jouer.

Plus tard, il a découvert la pornographie gratuite et facile d’accès et des sites pour pédophiles.

Au début, quand il tombait sur de telles images ou vidéos, il refermait immédiatement le lien, perturbé et culpabilisait; mais avant de s’endormir, il se repassait les images qu’il avait vues en tête. Il a tenté de prendre de bonnes résolutions en se promettant de ne plus rechercher de telles images, mais la tentation était trop forte et, au bout de quelques jours, il se laissait aller et retombait dans ce travers.

 

Au fil du temps, il a éprouvé de la fascination pour ce domaine particulier et attendait impatient que la maisonnée soit endormie pour visiter ces sites épouvantables, seul sur l’ordinateur dans le bureau. C’est rapidement devenu une addiction qui lui était devenue indispensable pour déclencher une érection.

 

Avec l’évolution de la technologie, les capacités de stockage grandissantes, l’amélioration constante du débit du Net et les logiciels qui permettent de cacher l’adresse IP, Bernard a commencé à stocker les images et les vidéos sordides qui lui faisaient le plus d’effet. Sur des disquettes d’abord, qu’il cachait soigneusement, puis sur des CD-ROM et DVD-ROM et finalement sur des Disques durs externes. Les contenus étant cryptés et protégés par mot de passe.

 

Il a fini par préférer aux scènes de sexe traditionnel, les scènes de violence, de viol sur des mineures de préférence; cherchant toujours la nouveauté et le pire du pire… Et il a fini par trouver ce qu’il cherchait; le vice n’ayant pas de limite à l’instar la folie des hommes.

Il a un soir  été subjugué par un site étranger qui présentait des scènes sexuelles violentes qui aboutissent à la mort de la victime. Bernard a trouvé là le summum de ce qui le faisait bander.

 

 

 

 

 

Le divorce a été prononcé quand Bernard allait fêter ses quarante ans. C’était il y a dix ans maintenant.

Liz a racheté sa part de crédit sur la maison et a gardé les enfants. Elle s’est remariée depuis.

 

Bernard s’est relogé dans un appartement minable et sombre qu’il a enlaidi en y apportant son désordre et ses mauvaises habitudes. Il y vit seul.

C’est devenu un locataire discret, aimable et poli qui ne fait pas d’histoires et qui paie son loyer sans aucun retard.

 

La vie de Bernard se décompose désormais en deux temps : Le boulot qui le nourrit et le Net dans ce qu’il a de pire qui le fait vibrer.

 

Il y a quelques temps, s’est produit ce déclic en lui. Cette pulsion qui est partie du bas ventre, cette fièvre terrible qui a commencé à le consumer : L’envie de perpétrer les mêmes horreurs que celles qu’il visionnait sur l’écran de son PC portable, depuis son lit.

 

Quand l’idée s’est matérialisée dans son esprit malade, il l’a d’abord rejetée; conscient de sa perversion mais ne se sentant pas criminel pour autant. Et puis… Et puis il a fini par se dire que ce serait vraiment excitant ! Mille fois plus excitant que de visionner les autres le faire.

 

Alors, Bernard a commencé à réfléchir au problème: Quand, où, comment, qui et jusqu’où ?

Après des jours à cogiter là-dessus, il a fini par décider que ça se ferait dès qu’une opportunité se présenterait; ce ne sont pas les adolescentes seules qui manquent dans les rues. N’importe où et il devait acheter une camionnette pour y transporter sa victime qui serait une très jeune fille qu’il embarquerait rapidement de force à l’arrière du véhicule; ligotée et bâillonnée; et il l’emporterait hors de la ville dans un endroit tranquille, loin du regard des autres. Il avait bien pensé à porter une cagoule de motard pour ne pas être reconnu mais comment circuler en ville avec un tel accoutrement sans attirer l’attention ? Non. Il faudrait aller jusqu’au bout…Tout ou rien ! Et ce serait bien évidemment filmé et diffusé !

 

 

 

 

 

Malgré son excitation, Bernard s’est rendu compte que ça ne se passerait probablement pas aussi facilement qu’il l’espérait et qu’il serait bien obligé de tuer sa victime, faute de quoi, il se ferait prendre et irait directement en taule pour perpette et, les gars comme lui qui violent des jeunes filles, on les appelle les pointeurs et leur vie carcérale est un véritable enfer. Hors de question !

 

Bernard a acheté une camionnette d’occasion sans vitres à l’arrière, des rouleaux de ruban adhésif large, une corde,  un caméscope numérique, un trépied, une pelle pliante, un jerrican d’essence, une bâche plastique, deux grosses batteries et deux spots d’éclairage.

Il a effectué des maraudes  hors de la ville pour y trouver des endroits susceptibles de l’accueillir pour y accomplir sa besogne. Il les a enregistrés sur son GPS et il a commencé à sillonner les rues de la ville à bord de sa camionnette…

 

 

 

 

 

Cela fait maintenant un mois que Bernard a enlevé une jeune lycéenne, qu’il l’a torturée, violée, tuée et enterrée dans un sous-bois.

Un mois à guetter la moindre information à la télé, dans le journal, sur le Net. La disparition  de la jeune fille a bien été signalée, sa photographie a été diffusée mais pas de piste pour la police !

Lui, il a continuer à vivre sa vie sans rien laisser paraître, mais sursautant à la moindre alerte.

 

Après avoir enterré la malheureuse, Bernard est rentré chez lui. Il a visionné ce qu’il avait enregistré et ressenti un profond malaise. Il a couru jusqu’aux toilettes et vomi le contenu de son estomac.

Il a pleuré. Mais était-ce du chagrin pour sa victime ? Du remord ? Pas vraiment… Il a pleuré car Bernard n’était plus Bernard; il avait changé, s’était mué en autre chose. Le petit magasinier insignifiant rejeté par sa propre famille avait laissé la place à un terrible prédateur qui se sentait le droit de vie ou de mort sur n’importe quelle adolescente qui croiserait sa route.

 

Durant la période qui a suivi son passage à l’acte, Bernard a visionné chaque jour la vidéo de son crime. S’en délectant. Repassant certains passages qui l’excitaient le plus ainsi que les zooms qu’il avait effectués sur les parties intimes de la jeune fille qu’il avait attachée dans une position humiliante.

Ne pouvant plus supporter d’attendre le soir pour visionner son film après sa journée de travail, Bernard avait transféré ses morceaux choisis sur son I phone et ainsi, pouvait tout à loisir lors de ses pauses se repasser ses scènes préférées. Dans les toilettes de la boîte…

 

Le temps passant, au bout d’un mois, la vidéo n’a plus produit plus le même effet sur Bernard; la lassitude sans doute. Et puis, personne n’est venu frapper à sa porte pour lui passer les menottes et il pense que ce n’est pas près d’arriver.

 

Il sent à nouveau le besoin de repartir en chasse, en quête d’une nouvelle victime qu’il choisira plus jeune que la précédente. Il devra d’abord retourner à l’un des endroits repérés et mémorisés sur son GPS pour y creuser tranquillement, à l’écart du passage un trou bien profond qu’il recouvrira d’abord d’une bâche et ensuite de feuillages pour ne pas attirer l’attention sur le site.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En tournant à droite au coin de la rue, Bernard vient brusquement d’arrêter de marcher.

En face de lui, de l’autre côté de la chaussée, une petite fille se tient assise, seule, sur le banc devant un massif fleuri. Elle le regarde intensément; les yeux dans les yeux.

C’est une jolie petite fille, âgée de huit ans tout au plus, brune aux grands yeux noirs et tristes, coiffée au carré. Sa frange maintenue par un bandeau bleu sombre est très régulière et lui confère un air sérieux.

Dans sa petite jupe bleue plissée qui descend  jusqu’à ses genoux et ses chaussettes blanches terminées par des souliers vernis noirs, elle se tient bien droite, et serre contre elle son gros nounours en peluche marron.

Elle est seule et la rue est pratiquement déserte.

 

Bernard n’arrive pas quitter le regard de la fillette et sent monter en lui cette fièvre qu’il connaît si bien. Peut-être aussi est-ce dû à l’endroit ? Ce banc où il y a une semaine…

Mais ce visage lui rappelle quelqu’un… Mais qui donc?

Il prend brutalement sa décision, comme à chaque fois cédant à une impulsion impérieuse; il traverse la rue et enfonce ses mains dans les poches de son imper. Sa main droite se referme sur le manche de son couteau.

La camionnette n’étant pas garée tout près, Bernard se dit qu’il devrait retourner à son véhicule et venir se garer au plus près, mais il risquerait de perdre cette proie entretemps. Non. Pas question de prendre ce risque. Il va devoir jouer en finesse pour amadouer la fillette et la persuader de le suivre gentiment.

 

Il s’assoit sur le banc à côté de la fillette tout en la dévisageant. Elle correspond exactement à ses critères de choix et il doit faire de gros efforts pour se contrôler et rester calme.

Il a gardé ses mains dans ses poches. Il jette de temps en temps furtivement des coups d’œil à droite comme à gauche, mais personne ne vient.

 

La fillette continue à le fixer droit dans les yeux, de son air paisible, triste et sérieux. Son gros ours serré contre elle.

 

_  Bonjour ma petite, comme tu es mignonne ! Comment t’appelles-tu ?

_ Je m’appelle Laura.

_ Eh bien Laura, que fais-tu là toute seule sur ce banc ? Tu as perdu ta maman ? Où sont tes parents ?

_ Je ne suis pas seule, monsieur, et je n’ai pas peur car ma grande sœur est avec moi.

_ Ah bon ? Où est-elle ? Bernard tourne la tête et scrute les alentours.

_ Elle est assise à côté de moi et elle vous regarde.

_ Oh ! Vraiment ? Oui… Je vois. Que dirais-tu d’aller acheter des bonbons ? Hein ? Il y a un super magasin deux rues plus loin. Lui susurre-t-il en se penchant lentement sur elle.

 

La fillette ne répond rien. Elle reste un moment à le regarder en silence et sort lentement de sous l’ours en peluche un automatique prolongé d’un silencieux, noir, luisant et menaçant et prononce calmement : « Tu vois, ça, monsieur, c’est le pistolet de mon papa. C’est ma grande sœur qui m’a dit de le prendre dans l’armoire, dans la boîte à chaussures. Et elle m’a dit aussi que c’est toi qui lui as fait beaucoup de mal il y a un mois. Tu lui as fait du mal et tu l’as tuée.

Elle m’adit de venir ici car elle savait que tu reviendrais ».

 

Bernard se redresse brusquement, ouvre de grands yeux ainsi que la bouche, mais n’a pas le temps d’enlever les mains de ses poches car deux balles viennent de lui perforer la cage thoracique à hauteur du cœur.

 

La fillette range l’arme fumante dans son ours et chuchote :  » Vilain monsieur ! » Puis se lève gracieusement, sourit à sa droite en faisant au revoir de sa petite main à l’intention de sa sœur qu’elle seule peut voir et s’éloigne laissant derrière elle  un homme qui semble se reposer sur un banc au soleil printanier.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

quinze − 14 =