Valdingue et conséquences

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– Allo ? Allo ? Tonio ?

 

– Oui, T’es où ? Ça fait trois plombes qu’on te cherche…

 

– J’sus paumé dans une forêt noire et humide, je me traîne douloureusement dans la neige épaisse. Ma cheville gauche est partie en sucette et je me pèle l’oignon !

 

– Qu’est-ce c’est que ces salades ?

 

– Tu parles d’un valdingue ! Une chute de cent mètres au moins et plaouf ! La frime dans la blanche ! Je me suis retrouvé planté, la coloquinte la première dans un mètre de poudreuse ; comme un suppo ! Bien sûr, après être copieusement passé à travers les branches d’un sapin… Saloperie !
Vérole de moine ! J’ai eu un de ces mal à m’extraire de cette mélasse, tu parles d’une béchamel ! Je parie que j’ai la théière encore toute bleue ; et si je continue à claquer des dents comme ça, tous mes plombages vont y passer. Je ne te parle même pas de Popaul qu’est aux abonnés absents… Pourvu qu’il tombe pas.

 

– Arrête tes couenneries, Comment c’est arrivé ?

– Ben, comme tu le sais, j’étais sur un coup sensas, avec les narcotrafiquants de Mendez qui m’ont pris pour un gros client. On était peinards dans leur zingue à siroter un scotch extra, jusqu’à ce que l’autre face de raie, un anguleux, reçoive un coup de fil sur son portable pendant que nous étions en plein vol. Je ne me gaffais de rien, et j’en étais à mon troisième drink quand tout a tourné en eau de boudin… Ces salingues m’ont alpagué à quatre et viré illico du coucou ! A peine le temps de piger la situasse et d’ouvrir le clapoir pour beugler comme un veau et paf ! Dans la poudreuse jusqu’à la ceinture. Du coup, comme j’avais la margoulette grande ouverte, j’en ai avalé un sacré blot… Moi qui rouscaillais parce qu’ils n’avaient pas de glace pour le scotch… J’ai été servi !

Et pour mon paturon en berne, c’est dû au choc, en sortant de l’avion. J’ai heurté le bord du réacteur ; pour un peu, je passais à la moulinette. Cent-vingt kilos de barbaque répartis en confettis, tu parles d’une fin ! Je l’ai vu gros comme une maison. Il est vraiment passé très près… Heureusement, je suis né coiffé !

 

– Mouais, toujours à te mettre dans des mouises pas possibles… Enfin, j’ai repéré ton grelot avec le satellite. Bouge pas gros, je viens te chercher en hélico…

 

– Attends Tonio… J’sus en train de me diriger vers un chalet que j’ai retapissé dans la noye ; il y a de la lumière. Mais avant d’arriver là, écoute-moi bien, c’est du copieux… Quand je me suis enfin sorti la frime à l’air libre, je me suis retrouvé à quatre pattes à cracher ce que je pouvais, et soudain, j’ai senti quelque chose me renifler le fondement ! Alors, je me suis retourné et j’ai envoyé un ramponneau à Mach II. Figure toi que c’était un ours qui m’investiguait la raie ; enfin, un ourson. Le petit fouineur a poussé un petit cri et il s’est affalé un peu estourbi, puis il a cligné des lampions, s’est assis, et quand il a repris ses esprits, il est parti ventre à terre vers les arbres en braillant comme un stentor. En le regardant partir vers les sapins, je me fendais le pébroque, trouvant la situasse un tantinet cocasse… Mais quand sa mahousse de daronne est sortie du bois à fond les grelots tout droit dans ma direction en gueulant, j’ai compris que son chiard avait cafté et que j’avais sacrément intérêt à me magner le figne pour échapper  à cette furie qui voulait me bouffer. Je me suis mis à courir comme j’ai pu dans la pente et j’y ai perdu mes ribouis, et… Je me suis vautré. Ça a été ma chance ! Ma liquette en nylon m’a fait glisser comme un pet sur une toile cirée et j’ai dévalé la piste comme un boulet de canon… Oh mes aïeux ! Comme j’allais vite ! Et le bord est arrivé. J’ai compris que j’allais faire le saut de l’ange pour me ratatiner beaucoup plus bas ; alors j’ai essayé de freiner avec les ripatons, mais fume ! J’ai décollé dans le vide, les paluches en avant, dans le Schwartz, sans savoir comment ça allait finir. J’ai même pensé au p’tit Jésus à ce moment-là. Et j’ai brutalement atterri au sommet d’un grand sapin pour ensuite dégringoler branche après branche, cul par-dessus tête pour terminer encore une fois la hure plantée dans la poudreuse. J’avais les copeaux, biscotte, je croyais que l’ourse m’avait suivi ; mais non, elle était restée en haut,  je la voyais debout sur ses pattes arrière. Elle gueulait tout ce qu’elle pouvait, furieuse que j’aie refilé un bourre-pif à son rejeton.

 

– Ben dis donc, et moi qui pensais que tu t’ennuyais sans moi…

 

– Me charrie pas, Tonio, j’sus pas d’humeur… Viens me chercher, je serai dans le chalet. Tu peux pas le louper, c’est le seul dans le coin. Bon, je te laisse, hein, je me les pèle et je marche en fumantes dans la neige. C’est bien simple, je ne sens plus mes nougats…

 

 

 

 

Quand San-a frappe à la porte défoncée du chalet, après que l’hélico se soit posé illico non loin, c’est Béru qui profére :  » Entre Tonio ! C’est ouvert ! »

 

Et en entrant, il découvre un Béru endimanché dans des fringues high quality ; assis la mine hilare dans un fauteuil en cuir avec une bombe blonde à forte poitrine, simplement vêtue d’un string rose gros comme un post-it et assise sur ses genoux. Elle tient une assiette dans une main et une fourchette dans l’autre. Béru ouvre grand son four et la blonde lui enfourne une quantité de ce qui semble être du veau marengo aux petits oignons.

Dans un coin de la pièce, un vieux type est assis, menotté à un tuyau, le visage bleui et boursouflé ; sa tête pend sur sa poitrine.

 

– Tu peux m’expliquer, gros ?

 

– Bédame ! Figure-toi que quand j’ai toqué à la porte de ces braves gens, il a fallu du temps pour que césarin consente à déponner… L’était méfiant, pas en jambe pour faire des rencontres. Voulait pas être mon samaritain le salingue! Alors j’ai enfoncé la lourde, suis entré et j’ai présenté mes esscuses rapport à mes manières. Cézigue était pâle comme un mort et reculait en bavassant je ne sais quoi. Sa frime m’a tout de suite interpelé, mais j’arrivais pas à coller un blaze dessus. Faut dire que j’étais à moitié congelé et que ma comprenette tournait au ralenti. Pis, mâame est apparue et m’a entrepris. M’a fait couler un bain chaud et a préparé de la bectance : une fée !

 

Quand je me suis présenté, l’autre vieux saligaud a prétendu s’appeler Charles-Edouard de la touffe frisée. Un aristo en vacances à la montagne avec son épouse Sandra. Plus je me réchauffais dans la baignoire et plus je savais que j’avais déjà vu sa trogne quelque part. Sandra m’a rejoint dans la salle de bains pour savoir si je ressuscitais. Elle a confessé que son bougre avait le fer à friser en berne depuis lulure et que même le viagra n’y faisait rien et qu’elle en était dans la déprime, forcément. Elle a alors plongé sa main sous la mousse et m’a empoigné Popaul avec beaucoup d’espoir, puis elle s’est aussitôt mise à oilpé et m’a rejoint en sautant dans l’eau. Bon sang, Tonio, c’t’une vraie nature la Sandra ! Une gourmande qui en redemande, une enflammée du pôle Sud, une dévoreuse de goumi ! L’a fallu remettre le couvert deux fois pour la calmer.

 

Quand son corps a fini par crier grâce, elle a voulu tailler une bavette (pour changer) et j’ai appris que son vieux ne s’appelle pas du tout Charles-Edouard de la touffe frisée, mais Riton Detout et qu’ils ne sont pas marrida. Et là, Bingo ! La mémoire m’est revenue… Le Riton qu’on recherche et qu’est en cavale depuis six mois après le casse de la banque de France, je l’ai retrouvé ! Oh, il a bien tenté de nier, de faire l’offensé, de promettre des poursuites avec ses avocats du blaireau, mais quelques gnons plus tard, faisait plus le malin. Il m’a même confié que le butin est planqué dans la remise, derrière ; sous le tas de bois. Si tu veux croquer un morcif, Sandra va te mettre un couvert, pas vrai ma poule ?

 

– Béru… Je pensais que plus rien ne m’étonnerait de toi… Eh bien, je me gourrançais total. Quand le dabe saura ça, il t’obtiendra l’Ordre National du Mérite, pas moins !

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