ANACHORETE

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Anachorète

Oh ! Mes chers disciples ! Comme il fait chaud en Amérique du Sud ! Et comme les annonces peuvent être mensongères ! Pensez un peu : L’hôtel vantait son luxe et son confort à renfort de photographies alléchantes et promettait des chambres claires, spacieuses et climatisées ainsi qu’un buffet digne des plus grands établissements.

Si l’hôtel a effectivement connu des jours fastes, c’était il y a bien longtemps, à une époque où vous n’étiez pas encore nés ! Enfin…

Je profite d’un rétablissement temporaire de l’électricité pour vous apporter un peu de connaissances et évoquer cette maladie épouvantable que je ne souhaite pas à mon pire ennemi. Quoique, quand je pense à l’inspecteur des impôts qui s’est acharné sur mon cas, au point de m’envoyer à l’ombre et de me contraindre à quitter ma patrie, je me dis que ce ne serait que justice ! Mais je m’égare mes agneaux, je m’égare et je sens bien que vous piaffez d’impatience, assoiffés de connaissances que vous êtes.

Je vais donc aborder ce jour un sujet très sensible: celui de l’anachorète. Quel drôle de nom pour une maladie, me direz-vous ? Eh bien, en fait ce nom est donné aux malheureux qui sont affublés de ce terrible mal que personne n’a encore à ce jour réussi à soigner. On en ignore les causes : bactérie ? Virus ? Envoûtement ? perturbation génétique ?Mystère !

Toujours est-il que certains hommes, uniquement des hommes (et vous allez comprendre pourquoi), après la quarantaine, se réveillent un beau matin avec une curieuse sensation dans la région du bas-ventre. Non pas une simple démangeaison ; il ne s’agit pas d’un prurit, mais d’une sensation de surplus, d’étrangeté qu’ils découvrent en se grattant l’entrejambe au réveil, comme le font la plupart des hommes au saut du lit.

Intrigués, ils procèdent alors à un inventaire sommaire et découvrent horrifiés un nouvel appendice là où tout le monde n’en a qu’un. Si seulement cet appendice surnuméraire était identique au premier, cela pourrait être supportable et renforcerait la fierté de certains ; mais non ! Ce qui au début n’est pas plus gros que le petit doigt grossit rapidement pour atteindre une belle taille et s’orne d’une crête ressemblant à celle des poulets. Non, pas de plumes ; heureusement car les pauvres bougres souffriraient alors d’échauffements interminables. Croyez-moi, ils n’ont pas besoin de ça… Et c’est souvent tout honteux qu’ils consultent pour tenter de se débarrasser de ce nouvel appendice encombrant.

Des ablations ont bien été tentées, mais la chose repousse et se renforce à chaque fois.

Pour des raisons de sécurité sanitaire, dans la crainte d’un éventuel risque de contagion, les sujets atteints de cette bicaudalité sont rapidement mis à l’écart de la population.

Comme je vous le disais, on ignore l’origine de ce mal étrange. Son nom est lié à celui de celle qui l’a décrit la première : le professeur Anna Choretberg. La pauvre scientifique a passé le plus clair de son existence à éclaircir ce mystère et à le combattre, en vain.

Il est à noter que cette maladie si particulière a été découverte au tout début du dix-neuvième siècle par des explorateurs aux confins de l’Afrique et dans des coins reculés d’Amérique du Sud. Ces gens-là n’étaient pas des scientifiques et se sont simplement contentés d’évoquer ces hommes que la nature avait de façon malicieuse dotés de tels attributs. Ils ont tout de même relaté qu’à cette époque, les pauvres bougres étaient considérés par leurs pairs comme des demi-dieux et étaient vénérés.

Voilà mes chers disciples. Vous voilà à nouveau instruits et je vous invite maintenant à lâcher la tétine du savoir jusqu’à la semaine prochaine. Je vais vous laisser car la matrone de l’hôtel qui est aussi aimable qu’une porte de prison et porte fièrement la moustache me regarde d’un sale œil depuis qu’elle a vu que j’avais branché mon PC sur son réseau électrique.

 

Votre très dévoué Pr Bourremou.

 

 

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