L’invention du bigoudi (histoire courte)

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L’invention du bigoudi

 

Je tiens à vous prévenir que l’histoire brossée qui suit est un peu tirée par les cheveux et que cela risque de vous défriser et de vous mettre à crans. Cela ne provient pas des rouleaux de la Mer Morte. Sachez que j’ai eu à cœur de vous apporter une vision colorée de la chose. Il fallait  que je dépeigne cette invention sans vous raser, tout en tirant mon épingle du jeu.

A l’ère préhistorique, à part quelques unes nées frisées, la plupart des femmes avaient le cheveu rêche, abondamment fourni et raide, abritant toute une population de poux prospères et nombreux. La nature de l’homme étant ce qu’elle est, le cheveu frisé si rare était alors considéré comme un trait de beauté à nul autre pareil.

En ces temps reculés, dans la région de Yellowstone, près des sources chaudes et des geysers, vivait un clan paisible d’hommes et de femmes hirsutes.

Tout a commencé lorsqu’une guerre a éclaté contre un clan rival. Les combats ont décimé une bonne partie de la gent masculine. Ainsi, les femmes se sont retrouvées largement majoritaires au sein du groupe et ça leur a posé quelques problèmes…

En effet, à cette époque antédiluvienne, seuls les hommes chassaient et les femmes esseulées devaient se résoudre à manger de l’herbe ou de la terre… Les pauvres !

Il ne fallut pas longtemps à ces dames pour comprendre qu’elles devaient rivaliser de séduction pour qu’un chasseur émérite et ô combien convoité daigne s’intéresser à elles.

Des disputes ont rapidement éclaté entre les rivales et des rixes ont jalonné pas mal de journées. Je me demande si l’engouement pour les combats de boue ne date pas de cette période… Enfin, il ne se passait pas un jour sans que deux tigresses ne se crêpent le chignon, non, la tignasse car le chignon n’avait pas encore été inventé.

La mode de l’époque consistait en matière capillaire dans l’ornement des coiffures par de petits os autour desquels on enroulait une mèche; pour que ça tienne.

Les pauvres femmes célibataires se sont alors mises en quête de ces os pour les intégrer dans leurs cheveux et c’était à celle qui en arborerait le plus pour se pavaner devant les mâles aux arcades saillantes.

Au cours d’une de ces bagarres dantesques durant laquelle deux harpies casquées de petits os tentaient de se départager et en même temps calmer leur frustration, l’une d’elle a été  projetée dans une source chaude. Heureusement pour elle, la température de la boue n’était pas telle qu’elle dut en souffrir. Dépitée et néanmoins rageuse, la pugiliste est ressortie du bain recouverte de boue chaude des pieds à la tête. Devant les rires des spectateurs nombreux (les distractions étaient rares à l’époque), elle s’est enfuie dans les sous bois pour se calmer.

Une fois assagie, la pauvrette s’est rincée dans la rivière et a enlevé ses petits os afin de libérer sa chevelure abondante sous les cris d’effroi des poux qui n’avaient pas le pied marin. Elle s’est séchée au soleil et, quand elle est rentrée au village, tout le monde s’est retourné à son passage, en ouvrant de grands yeux ronds car de longues boucles pendaient élégamment de sa tête et tombaient en cascades sur ses épaules. Les hommes se sont battus pour elle ; on lui a offert un repas chaud et roboratif ce soir-là et elle n’a pas eu froid durant la nuit…

Les autres célibataires étaient vertes, pensez donc ! Elles ont voulu savoir comment la bougresse avait fait pour obtenir pareille coiffure ; mais elle n’a rien dit. Elle a gardé le secret longtemps et ne l’a révélé qu’à ses filles qui se sont fait un devoir de collectionner des petits os, de les tailler, de les sculpter et de les utiliser pour gagner les faveurs des hommes valeureux.

Ainsi est né le bigoudi qui a perduré, traversé les millénaires pour friser les têtes au cheveu rétif. Il a même été  encensé, sacralisé par Chuck Berry dans son fameux titre « Johnny bigoudi »

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