Cher alter ego

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Très cher Alter ego,

 

 

Si je me permets de t’adresser une telle missive, c’est parce que toi et moi, nous nous connaissons parfaitement et depuis si longtemps…

Bien que nous ayons les meilleurs sentiments l’un pour l’autre, il me faut aujourd’hui te faire part de mon inquiétude et donc, à travers cette lettre, je m’en ouvre à toi ; en espérant que tu comprendras et n’en prendras pas ombrage… Il me plaît de croire que nous sommes tous les deux bien au-dessus de cela.

Très cher donc, nous avons commencé à cohabiter dès que nous avons ouvert les yeux, grandi en parfaite harmonie sans jamais avoir le moindre ressentiment l’un envers l’autre pour aucune raison que ce soit. La vie s’est déroulée avec ses étapes, ses joies, ses peines, ses accidents et ses blessures que nous avons vécus avec le même allant, toujours avec dignité et en toute honnêteté.

Cependant, aujourd’hui, je suis au regret de constater chez toi, avec tristesse, une certaine dérive alimentaire qui me contrarie au plus haut point.

En effet, depuis quelques semaines, les trois repas quotidiens ne semblent plus te suffire et je te surprends à mon grand étonnement à fréquenter de plus en plus souvent le réfrigérateur, ainsi que le placard où sont rangés les biscuits et les gâteaux secs. Sans parler des sodas qui paraissent avoir sur toi un effet hypnotique; et cela confine à l’addiction. Tout ceci en complet désaccord avec notre philosophie de la vie : Manger pour vivre et non vivre pour manger ! L’aurais-tu soudain oubliée ? Rappelle-toi…

Je t’invite à faire un tour sur la balance qui découvre maintenant avec horreur des chiffres qu’elle n’a jamais atteints auparavant et à te contempler dans le grand miroir de l’armoire pour te rendre compte de ta silhouette. Elle se métamorphose et ne te destine assurément pas à te muer en un joli papillon mais plutôt en pau ; il n’en vaut pas la peine.

J’ai beaucoup d’affection pour toi. Mais si tu continues dans tes travers, dans cette voie mortifère, je crois que je n’aurai plus le courage de te regarder en face, tu me feras honte.

Allez, je termine en t’assurant pouvoir compter sur ton bon sens et ton courage.

En espérant que cet écart de conduite ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir dont nous rirons ensemble.

Affectueusement

 

 

 

Quand j’ai reçu cette lettre, surpris de la recevoir de moi-même, j’ai dû m’asseoir. Déchiré par une douloureuse blessure narcissique et anéanti par une vexation insupportable, intolérable.

Pour m’en remettre, je me suis préparé un bon encas arrosé de soda.

J’ai ensuite, de mes doigts un peu gras, replié la missive, l’ai réinsérée dans l’enveloppe, puis ai barré mon adresse et annoté : « Nhabite pas à l’adresse indiquée ».

Non mais, quel cuistre celui-là !

 

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