LE NETTOYEUR

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« Si vous voulez bien vous asseoir, Monsieur », dit le chirurgien en indiquant le siège devant son bureau. Il m’avait ouvert à contre cœur et m’avait fait la leçon avec un air très condescendant. Je n’avais rien laissé paraître de mon agacement devant ce petit être à l’égo surdimensionné. Dans mon métier, on se doit d’être pro.

J’obtempérai donc et pris place devant lui, dans ce siège inconfortable. Me retrouvant du coup un niveau plus bas que l’homme de science qui, lui était confortablement assis dans un large fauteuil cossu en cuir apparemment bien rembourré. Il me toisait derrière ses verres de lunettes à double foyers.

Le cabinet médical était d’une tristesse désolante, les murs à la couleur fade ne comportaient comme décoration qu’un tableau constellé de photos du médecin, maintenues par des petits aimants. On pouvait donc y voir le toubib sur l’une en maillot de bain, un gros poisson à la main, sur un yacht de luxe ; sur une autre il posait hilare sur un tabouret de bar entre deux très jeunes femmes asiatiques qui devaient être plus que des amies, à la façon qu’il avait posé ses mains sur leur cuisse… Elles ne souriaient pas. L’une des deux nymphettes semblait le regarder avec anxiété… Autre élément décoratif, un yucca dépressif et jauni qui faisait pitié.

« Vous n’ôtez pas votre imper ? Vous l’ignorez, mais je n’ai pas l’habitude d’accepter un rendez-vous si tard. Mais vous avez tellement insisté sur la sonnette, c’est impoli, vous devriez le savoir. Ma secrétaire étant déjà partie, je ne pourrai pas vous donner quoi que ce soit d’administratif ce soir.

— Non, je préfère le garder. Et je n’aurai pas besoin de quoi que ce soit. Et je ne suis pas impoli mais pugnace.

— Comme vous voulez… » Lâcha-t-il en secouant la main devant lui, comme pour dissiper mes dernières paroles. « Quel est le but de votre visite ?

— Une hystérectomie.

— ??? Vous plaisantez, j’imagine… Ou alors, vous avez un sacré problème.

— Non, je ne plaisante pas et c’est vous qui avez un problème ».

Le chirurgien leva son nez des paperasses qu’il faisait semblant de consulter. Il ôta ses lunettes et se fendit d’un : « Plait-il ? Quel problème ?

— Madame CHAMBON. Ce nom vous rappelle peut-être quelqu’un ? Une de vos patientes ?

— Hmmm… Moui… Peut-être. Et alors ?

— C’est justement ça votre problème, ce matin j’ai été contacté, engagé par son mari, qui n’a pas digéré que madame CHAMBON décède sur votre table d’opération. Pour une simple hystérectomie.

— Je vois, vous êtes avocat ?

— Non, pas du tout. Je n’ai pas la patience requise pour la négociation. J’interviens rapidement pour mettre un terme aux conflits et on me dit efficace. Très efficace ».

En terminant ma phrase, je sortis mon Glock de mon veston et commençai à visser le silencieux au bout du canon.

Le chirurgien blêmit et tout en s’enfonçant dans son fauteuil plaça ses mains devant lui, m’offrant ses paumes.

— Non, vous n’êtes pas sérieux ! Vous ne ferez pas ça ! Ce n’est pas ma faute… Ce sont des choses qui arrivent…  J’ai de l’argent, beaucoup d’argent !

— Et moi un code de l’honneur et une réputation auxquels je suis très attaché.

Un seul PLOP ! Et le chirurgien prit immédiatement un air rêveur, au fond de son fauteuil. Ressemblant à un vieil Hindou, agrémenté de son troisième œil en plein milieu du front.

Je pris mon temps pour essuyer la poignée de la porte, ramasser la douille et quittai l’immeuble tranquillement.

Il ne me restait plus qu’à rendre compte à mon commanditaire.

C’est fou comme les prétentieux deviennent petits devant un neuf millimètres !

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