HALLOWEEN-ISIS

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HALLOWEEN-ISIS.

 

 

 

 

Ecrit par Ludovic Coué le 07 novembre 2018

 

 

 

 

 

 

Quoi de plus drôle qu’un cimetière pour aller s’amuser un soir d’Halloween?

 

 

 

 

 

Pour la soirée d’Halloween, Pierre et Alain, les deux étudiants colocataires d’un petit studio à Brest avaient lancé sur leur compte facebook un appel à leurs amis proches pour fêter dignement le solstice d’hiver dans le cimetière de leur quartier. Les deux garçons étaient fébriles et s’affairaient depuis plusieurs jours à confectionner un déguisement. Ils s’étaient rendus à la supérette du coin de la rue pour y acheter de la bière et un peu d’alcool fort. Chaque participant apportant ses bouteilles à la soirée.

Le petit studio, vieillot – comportant deux lits, un canapé deux places, deux poufs et une table basse et un écran plat sur un petit meuble lui-même encombré par une console de jeux et deux manettes pour la pièce principale; et un coin cuisine avec une plaque électrique à induction, un évier, un petit réfrigérateur et Dieu merci pour eux, un four micro-onde ! – était plein à craquer ce soir-là avec les packs de bière, les différentes bouteilles et les sachets de gâteaux pour apéritif.

 

L’appel sur facebook avait reçu un bon accueil et ils devraient se retrouver à presque vingt pour fêter Halloween dans le cimetière. Rendez-vous fixé à minuit moins le quart… Forcément !

La mairie de Brest avait lancé une campagne relative aux concessions funéraires et inventorié les tombes les plus vieilles qui n’avaient pas été entretenues depuis des lustres; contacté les descendants des défunts et, au bout de quelques mois, en l’absence de réponse, avait désigné les caveaux à vider. Le trente et un octobre, les employés municipaux avaient déjà entrepris de vider les tombes abandonnées. Certaines semblaient dater de Mathusalem. Les cercueils tombaient en lambeaux au premier contact, s’effaçant pour laisser apparaître les sourires atroces des mâchoires démantibulées.  Ils ne contenaient plus que des ossements grisâtres, des restes de vêtements et de chaussures pour la plupart, qu’il fallait finalement se résoudre à ramasser à la main. Même avec des gants, la tâche n’était pas ragoûtante; et c’est la mine fermée et en silence que les employés s’affairaient. Dans certains caveaux, il subsistait quelques bijoux, une montre et même un postiche ayant appartenu à un vieux dandy.

Quand le soir a commencé à chasser la lumière du jour, trois caveaux sur les quatre prévus ce jour-là au programme étaient vidés et ils avaient enlevé la pierre tombale de la dernière. L’un des employés municipaux a déclaré qu’il avait assez remué de macchabées pour la journée et que le dernier, une dernière, en l’occurrence, car à la lecture de l’épitaphe, on apprenait qu’il s’agissait d’une Madeleine Noblecourt, que cette dernière donc pouvait bien patienter encore jusqu’au 2 novembre. De jolis hiéroglyphes étaient gravés sur la stèle et sur le cercueil. Ils leur conféraient une apparence particulièrement esthétique.

Les employés ont planté quatre piquets métalliques aux quatre coins de la fosse et relié les piquets entre eux par un ruban bicolore, rouge et blanc.

Le devoir accompli, les restes enfermés dans des sacs, les pelles et les pioches rangées dans le fourgon, les employés ont rendu au cimetière son silence et sa sérénité. En attendant la nuit.

 

 

 

 

Les deux colocataires avaient trouvé une bonne idée de costume pour cette soirée spéciale. Pierre serait un vampire et Alain un loup-garou. Évidemment, faute de moyens, les déguisements seraient minimalistes et symboliques : fausses dents en plastique et maquillage sombre autour des yeux pour le vampire; une perruque hirsute et un groin grotesque pour le loup-garou.

La soirée s’annonçait merveilleusement bien. Il y aurait des filles et de l’alcool à profusion !

Le plus pénible consisterait à se trimballer toutes les bouteilles et les gâteaux secs à pinces jusqu’au cimetière. Avec du bol, le temps resterait sec !

 

Les deux étudiants ont un temps fantasmé sur les filles qui devaient participer à la soirée. Aucun des deux n’ayant encore jamais eu de relation sexuelle, ils avaient plusieurs fois tenté d’approcher le beau sexe, mais avaient à chaque fois perdu toute contenance à leur proximité; se maudissant plus tard de n’avoir rien osé dire ni entreprendre. Pas facile… Mais ce soir, ce serait la bonne, sûr !

Ils ont réchauffé au four micro-ondes des lasagnes surgelées, se sont brûlé la langue et le palais en se tortillant sur le canapé tout en agitant les mains et en faisant un « O » avec la bouche tout en se resservant copieusement une autre part brûlante de leur plat préféré.

Ensuite, déguisés et maquillés, ils ont passé le temps jusqu’à vingt-trois heures quinze sur leur console de jeux, lancés dans une bataille de snipers endiablée, en jurant comme des charretiers à chaque fois que leur avatar se faisait tuer et en se tapant sur les cuisses à chaque fois qu’ils se voyaient ainsi affublés. Quelques bières vides jonchaient déjà le sol sous la table basse. Ils avaient pris soin de régler un réveil pour ne pas perdre la notion du temps dans comme bien souvent au cours de leurs parties de combats électroniques. Ce qui leur avait déjà valu pas mal d’ennuis au lycée à cause des retards répétés le matin.

 

Quand le réveil a sonné, les deux amis ont poussé un cri de désespoir car la partie était palpitante à ce moment-là.

 

Ils se sont lavé les dents et se sont chargé comme des mulets avec les packs de bière, les bouteilles de vodka, le jus d’orange et les paquets de biscuits et sont partis, gais comme des pinsons. Deux silhouettes maigres, ployant sous le fardeau et déambulant joyeusement dans les rues de Brest dans la nuit d’Halloween.

Quand les deux ados sont arrivés au cimetière, une joyeuse bande s’y trouvait déjà et les a accueillis chaleureusement. Des bougies étaient disposées alentour sur quelques pierres tombales, dans des citrouilles. Une musique effrénée et en sourdine participait à l’ambiance. Les filles étaient déguisées en sorcières ou en fille de la famille Adams et leurs déguisements étaient fort bien réussis. Les garçons, eux, à l’instar de Pierre et Alain, avaient assuré le service minimum…

Une des filles a eu l’idée d’entreprendre une séance de spiritisme; alors tout le monde a formé un cercle et s’est assis. Une bouteille à la main. Un joint a circulé et en fait de spiritisme, ils ont fait un concours de l’histoire la plus effrayante.

Chacun y est allé de son histoire de fantôme, de tueur de la pleine lune, de mort-vivant, de vampire assoiffé de sang; mais ça ne faisait pas peur, ça faisait rire tout le monde. Ensuite un des gars a décidé d’un concours de la plus mauvaise galère rencontrée…

Quelques heures et bouteilles plus tard, l’ambiance était retombée en raison des vapeurs d’alcool et de l’heure avancée.

Pas mal de participants étaient déjà rentrés chez eux, les paupières gonflées et lourdes.

Pierre s’est levé et a annoncé qu’il devait faire pleurer le colosse ! Il s’est éloigné du groupe sous les huées et les sifflements. Dans l’obscurité, il avançait à tâtons et s’est cogné le front sur le mur d’enceinte du cimetière. Il a poussé un juron, a ouvert sa braguette et soulagé sa vessie.

Alors qu’il rejoignait le groupe, il n’a pas pu distinguer le ruban de chantier et il est tombé bruyamment d’un bloc dans le caveau de Mme Noblecourt en hurlant d’effroi. La vitesse de sa chute combinée à son poids on pulvérisé le cercueil. Il est littéralement passé à travers le couvercle de ce dernier et sa tête a heurté celle de la défunte de plein fouet; sa joue contre les dents de la mandibule qui ont profondément entamé sa chair jusqu’à l’os.

 

Quand le groupe, affolé par le fracas et le cri de Pierre l’a rejoint pour le sortir de ce mauvais pas, certains commençaient à pouffer de rire. Mais quand Pierre est sorti de là, la lumière des lampes torches et des bougies ont mis en évidence un maxillaire planté dans sa joue. Son visage était ensanglanté et recouvert d’une poudre noire qui sentait bizarre.

Alain l’a ausculté et lâché : Oh putain ! T’es salement amoché ! Faut appeler les secours.

Alain souriait bêtement, anesthésié par la quantité d’alcool ingurgitée : Tu parles d’un gadin ! Mais c’est quoi ce foutu trou de merde ? J’ai comme un truc qui me gêne là…

 

_ Touche pas ! T’as un truc planté dans la joue Je crois qu’il faut aller à l’hosto pour l’enlever. C’est profond.

 

_ Ah bon ? Je ne sens rien. Par contre il y a un truc qui me pique les yeux. J’ai avalé de la poudre. Ça avait un goût infect !

 

Une des filles a appelé le SAMU et les secours sont arrivés cinq minutes plus tard. Ils ont emmené Pierre et Alain au service des urgences. Là, le maxillaire a été enlevé de la joue de Pierre; sa plaie a été parée, aseptisée et recousue. L’équipe de soins lui a injecté un sérum antitétanique dans la cuisse; au cas où…

L’interne de garde a prescrit des antidouleurs et une couverture antibiotiques pour dix jours.

 

Ils ont dû appeler un taxi pour rentrer chez eux, encore un peu éméchés et considérant l’incident avec humour.

Une fois dans l’appartement, ils se sont laissé tomber sur leur lit.

A quatre heures du matin, Alain était réveillé par des gémissements, des sanglots.

 

_ Pierre ? Ça va ? Qu’est-ce qui t’arrive ?

 

_Maaaal ! Vé maaaaal ! V’en pfeux pflus !

 

_ Attends, j’allume la lumière. Je vais te chercher tes

médocs et ça ira mieux… La vache ! Ta joue est devenue énorme et toute noire !

 

_ F’est vrai ? Comment f »est pfoffivle ?

 

_ Je ne sais pas… Je rappelle l’hosto.

 

_ Nan ! Ve veux pfas retourner à l’hofto.

 

_ Tu ne peux pas rester comme ça !

 

_ V’ai trop mal. Veux pfas vouger.

 

_ C’est ta joue…

 

_ Nan ! v’ai mal pfartout. V’ai un infendie dans tout le corps. Fa vrûle de pfartout.

 

_ Tiens, avale ces deux cachets et ça ira mieux après.

 

_ Merfi. T’es un pfote. Qu’esffe qui m’arriffe ?

 

_ Je ne  sais pas. Sans doute une réaction à quelque chose.

 

_ A l’hofto, ils m’ont fait une pfiqûre dans la cuiffe. Fa doit être fa.

 

_ Sais pas. Ils savent ce qu’ils font, tu ne crois pas ?

 

_ V’ai vraiment mal pfartout tu fais, v’en pfeux pflus. Et fa empfire à faque inftant. Ve le fens… F’est terrivle. Oooh pfutain… Ve fens que ve fuis en train de crever ! Alain ! Alain ! appfelle vite les fecours ! Ve…

 

Le médecin a déclaré le décès de Pierre à quatre heure trente.

Son corps a été autopsié et le laboratoire a décelé une substance inconnue dans son corps. C’est cette substance qui l’aurait tué.

 

Personne ne sait comment cette substance mystérieuse a pu envahir l’organisme de Pierre.

Personne excepté Alain qui ne s’est jamais remis du traumatisme de la mort de son meilleur ami.

Il a d’abord sombré dans une dépression, arrêté ses études et rejoint le domicile de ses parents où il a suivi un traitement pendant un an.

 

Un an plus tard, son traitement terminé et son terrible sentiment de culpabilité dissout, il a réfléchi et entrepris des recherches pour comprendre ce qui avait bien pu tuer son ami.

Comme Pierre était tombé dans le cercueil de Madeleine Noblecourt, il a, en toute logique, débuté ses investigations par là; sur le Net.

Madeleine Noblecourt , née en 1855 et décédée en 1943 était une égyptologue réputée. Quand elle ne dirigeait pas des fouilles le long du Nil, elle vivait en région parisienne.

Originaire de Brest, elle s’était réfugiée dans sa famille durant la seconde guerre mondiale et était décédée quelques mois plus tard.

 

Alain s’est d’abord rendu à la mairie de Brest pour savoir pourquoi le cercueil de Mme Noblecourt se trouvait à l’air libre un an plus tôt. On lui a répondu que le cercueil devait être enlevé pour faire de la place dans le cimetière. On lui a aussi confié que les restes de Mme Noblecourt avaient disparu quand, le 2 novembre, les employés municipaux étaient revenus poursuivre leur tâche.  Ils avaient trouvé le caveau vide…

 

Alain s’est ensuite rendu à l’hôpital où son ami avait été soigné. Il a retrouvé le médecin qui se rappelait fort bien de Pierre et de la mandibule qu’il avait dû extraire; ainsi que de sa mort étrange.

Alain lui a demandé ce qu’était devenu le corps étranger.

 

_ Je l’avais déposée dans un haricot en inox et je la destinais à rejoindre ma collection d’objets retirés des patients. Je l’ai nettoyée, séchée et rangée dans un sac plastique étanche dans ma sacoche. C’était peu après votre départ. Quand j’ai quitté ma garde le matin, elle avait disparu. J’ai demandé autour de moi si quelqu’un l’avait récupérée et personne ne l’avait vue. Bizarre, non?

 

_ Oui. En effet.

 

Une semaine plus tard, Alain arrivait en région parisienne et sonnait à la porte de la grande et belle demeure où autrefois, avait vécu madame Noblecourt.

Une domestique inquiète a ouvert la porte et demandé ce qu’il voulait.

 

_ Bonjour, je voudrais savoir si les gens qui habitent ici sont des parents de madame Noblecourt, l’égyptologue. Si tel est le cas, je souhaiterais leur parler un moment, s’il vous plait.

 

_ Je crois que oui, monsieur. Veuillez attendre un moment, je vous prie.

La femme qui vivait là était apparemment une petite nièce de la défunte. Elle  est descendue de l’étage jusqu’à la porte d’entrée pour dévisager Alain, le jauger. Elle semblait avoir une quarantaine d’années. Alain en resta bouche bée.

 

_ Etes-vous de ces escrocs à la petite semaine qui essaient d’abuser les dames?

 

_ Non madame. Je souhaiterais juste vous parler de madame Noblecourt, l’égyptologue.

 

_ Tiens donc ! Après toutes ces années! Là voilà qui ressuscite ! Il y a bien longtemps qu’on ne m’avait pas parlé d’elle… Entrez, je m’apprêtais à boire quelque chose de chaud et… Et si vous êtes un escroc, il vous en cuira !

 

Quand Alain est entré dans le hall, il a été surpris par le nombre incroyable d’objets égyptiens qui s’y trouvaient : des statues d’Anubis avec leur tête de loup, Horus le Dieu faucon et le chat Bastet, Sekhmet, Thot et bien d’autres, tous en parfait état.

En entrant dans le petit salon, idem. Des statues d’hommes et de femmes de l’ancienne Egypte. Même les meubles venaient de là-bas. Dans une vitrine, les étagères étaient recouvertes de petits objets antiques en terre cuite, d’autres en lapis-lazuli, en cuivre, en bronze, et certains paraissaient être en or. Bigre !

 

_ Je vois, jeune homme que la décoration de ma maison semble vous intriguer.

 

_ Elle m’émerveille vous voulez dire ! C’est magnifique !

 

_ Heureuse que cela vous plaise. Tout ce qu’il y a dans cette maison a été rapporté par… Ma tante. Paix à son âme !

 

_ Vraiment ? Vous avez tout gardé tel que c’était de son vivant ?

 

_ Absolument. C’est ce qu’elle souhaitait. Elle l’a même fait inscrire dans son testament. Au cas où elle reviendrait… La pauvre ne devait plus avoir toute sa tête à la fin de sa vie, si vous voulez mon avis.

 

_ Et vous avez respecté sa volonté !

 

_ Evidemment ! Comment aurais-pu trahir son souvenir ?

Vous savez, c’était une sacrée bonne femme. Pensez-donc qu’à son époque, elle dirigeait des équipes de fouilles en Egypte ! Elle donnait des ordres aux hommes ! Incroyable. Ils le lui ont fait payer naturellement.

 

_ Comment ça ?

 

_ Elle n’a jamais reçu la reconnaissance de ses pairs masculins. Ses publications n’ont pas été diffusées comme celles de ses collègues. Pourtant, elle a réalisé nombre de découvertes. Surtout la dernière…

 

_ La dernière ?

 

_ humm… dites-moi un peu… Pourquoi êtes-vous ici ? Vous souhaitez écrire au sujet de ma tante ?

 

_ Non. Pas du tout. Vous devez savoir que le caveau de votre tante devait être vidé de son cercueil car personne n’a entretenu la tombe depuis très longtemps et la mairie a besoin de faire de la place dans ses cimetières.

 

_ Oh ! Personne ? Comme c’est affligeant ! Et regrettable !

 

_ Vous ne pouviez sans doute pas vous en occuper.

 

_ Hum… C’est ça. Je croyais que d’autres le faisaient.

 

_ C’est sans doute ce que les autres ont du croire, eux aussi. Ça arrive souvent. Toujours est-il que la nuit d’halloween, l’année dernière, mon ami Pierre est malencontreusement tombé dans le caveau qui avait été ouvert par des ouvriers. Ça l’a tué…

 

_ Mon Dieu ! J’ignorais cela. Le pauvre s’est brisé le cou ?

 

_ Non. Il y avait quelque chose à l’intérieur du cercueil qui l’a empoisonné. Une poudre fortement odorante.

 

_ Grands Dieux ! Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?

 

_ C’est la vérité. Et je suis venu pour tenter de savoir ce que votre tante a bien pu emporter avec elle dans sa tombe. Ce qui a tué mon ami. Pouvez-vous m’aider ?

_ Je crois oui. Ma tante conservait tous ses écrits dans un grand coffre, dans son bureau à l’étage. Quand la guerre a éclaté, elle a fait creuser une cave bétonnée et a emmuré tous ses souvenirs, ses trésors et ses secrets dans cette cachette. Les allemands ont réquisitionné la maison et un général y a séjourné quelques temps.

 

_ Comment avez-vous su pour la cave ?

 

_ Eh bien… Son testament ! Elle avait inscrit cette partie de sa vie dans un carnet, une sorte de journal intime scellé à la cire et joint à son testament.

 

_ Et ce sont vos parents qui ont hérité de la maison ?

 

_ Dites, vous êtes bien sympathique, et l’histoire de votre pauvre ami est bien triste. Je veux bien vous venir en aide, mais sacrebleu ! Je ne vais pas vous raconter ma vie quand même !

 

_ Sacrebleu ?

 

_ Oui. Sacrebleu.

_ Qui dit encore ça de nos jours ?

 

_ Des gens come moi. Ne vous en déplaise…

 

_ Pardonnez-moi. Vous disiez donc que dans le bureau ?

 

_ Oui, suivez-moi.

 

Le bureau était rempli de documents éparpillés sur des tables et des étagères : des cartes enroulées, des cahiers de différentes épaisseurs et encore des statuettes diverses et variées ainsi que du mobilier Egyptien.

 

_ Ce que vous voyez-là n’a pas beaucoup d’importance. Je pense que ce que vous cherchez se trouve dans ce coffre.

 

Elle a ouvert le coffre à combinaison, retiré une clef de son corsage et ouvert le lourd battant; farfouillé à l’intérieur et sorti un papyrus hors d’âge et l’a tendu à Alain.

 

_ Voici.

 

_ Un papyrus Egyptien ? Comment voulez-vous que je le déchiffre ? Je n’ai pas apporté ma pierre de Rosette !

 

_ Parce que vous lisez le Grec ancien, peut-être ?

 

_ Euh non…

 

_ Alors ne dites donc pas de sottises ! Donnez-moi ça. Merci. Il est écrit de la main du grand prêtre Imhotep ceci : Il convient, pour que Pharaon puisse renaître après la mort, de réaliser la préparation sacrée. Nous seuls, les prêtres d’Aton connaissons sa composition. Nous ne devons jamais la toucher. Il convient de joindre en un vase canope cette divine poudre au corps du défunt roi sous les bandelettes.

Si les Dieux le décident, le vase se brisera et la préparation ressuscitera Pharaon d’entre les morts. Mais malheur à qui, de son vivant, entrera en contact avec la divine poudre. Elle le tuera en quelques heures dans d’atroces souffrances. Telle est la volonté d’Aton ».

Cela vous satisfait-il jeune homme ? Il y a aussi un carnet… Là ! Le voilà… Ici, J’ai… Il est écrit : « 06 juin 1934.Gnagnagna… Oui, ici !

J’ai découvert dans la tombe du grand prêtre Imhotep un papyrus étrange qui évoque une préparation spéciale, destinée à accompagner le Pharaon dans la tombe, contre son corps pour lui permettre de ressusciter, selon la volonté des Dieux.

Un deuxième papyrus relate l’empêchement des prêtres à finaliser leur rituel en raison d’une crise grave à Memphis. Le Pharaon n’a pu être servi convenablement et le vase canope contenant la poudre de résurrection n’a pu être déposé près de son corps. Je crois que le vase en question est celui que j’ai découvert dans la tombe d’Imhotep dans un coffret à côté des deux papyrus. C’est une découverte capitale! » Maintenant, vous savez tout. Etes-vous satisfait ?

 

_ Oui. Apparemment, votre tante a été inhumée avec le fameux vase canope et, en tombant dans le caveau, mon ami l’a brisé. Savez-vous que le corps de votre tante a mystérieusement disparu ?

 

_ Ecoutez-moi bien, Alain. Vous aviez des questions. Je vous ai apporté des réponses. Que voulez-vous de plus ? Je veux que vous sachiez que je suis réellement désolée pour votre ami, vraiment. Ça n’aurait jamais dû se produire. Il s’agit d’un malheureux concours de circonstances. Et vous n’en êtes aucunement responsable.

 

_ Vraiment ? Je veux bien vous croire. Je dois vous avouer cependant que j’ai aussi effectué des recherches sur le Net. J’y ai trouvé des photos de votre tante. Vous a-t-on déjà dit que vous lui ressembliez beaucoup? Vraiment beaucoup ? A tel point que quand vous êtes apparue sur le seuil, j’ai cru avoir affaire à elle.

 

_ Je crois qu’il est grand temps pour vous de repartir, jeune homme. Et je vous conseille amicalement de garder vos idées saugrenues pour vous. Vous ne pouvez imaginer la valeur du cadeau que je vous ai fait en vous renseignant. Ne faites pas l’ingrat. En souvenir de votre ami.

 

_ Oui. Vous avez peut-être raison… S’il est mort, ce doit donc être par la volonté du Dieu Aton, j’imagine. Je m’en vais… Au-revoir Madame.

 

_ Non. C’était la volonté d’Isis. Répondit-elle en souriant malicieusement. Pas Aton, mais Isis…

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