GIRANDOLE (retour du Pr. Bourremou)

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Professeur Bourremou

Très chers autochtones,

 

C’est avec un grand honneur et une vive émotion que je réponds par le Net à l’invitation de la médiathèque de Bouffémont, qui a instamment insisté pour que je vienne participer à votre édification personnelle. Il se trouve que par hasard, j’ai un peu de temps devant moi, me trouvant à l’étranger, sur une île, bien loin de toutes les turpitudes citadines et du fisc. Peut-être en saurez-vous plus un jour ?

 

Mais, assez parlé de moi, je digresse… En premier lieu, je dois de me présenter: je suis le professeur Bourremou, ancien membre de la faculté des sciences infuses-diffuses et je dirige un groupe de disciples dans le domaine d’études en pataphysique. Groupe que je nourris humblement et périodiquement de mon si précieux savoir.

 

Mon but est de délivrer à ceux qui ont soif de connaissance et de découverte, mon expertise et le résultat de mes recherches dans des domaines rares et parfois secrets.

 

D’ailleurs, et à toute fin utile, s’il m’arrivait, comme bien souvent, d’aborder de sujets sensibles, je vous demanderais de bien vouloir garder mes révélations pour vous, car les autorités sont assez tatillonnes dans ce domaine, et je ne souhaite pas finir au fond d’un cachot bien glauque, mal nourri aux frais du contribuable. Etant d’une nature délicate, je ne saurais souffrir pareil traitement. J’en ai déjà pâti et je ne désire pas réitérer l’expérience…

 

 

Donc, je vais ouvrir cette séance particulière, en dehors de mon cercle habituel pour vous entretenir au sujet d’une pathologie rarement évoquée et très handicapante pour les malheureux qui s’en trouvent affublés. Il s’agit de la Girandole.

 

La Girandole, comme son nom l’indique, concerne le fait de tourner qui nous vient de « Gire » que l’on trouve aussi dans giration ; et Dol, racine de douleur. Ce qui revient à exprimer une rotation douloureuse.

 

Les pauvres bougres qui souffrent de cette maladie ne peuvent pas tourner sans souffrir le martyr ; ils ne peuvent que filer droit. Si vous cherchez un peu, vous en trouverez sur les champs Elysées, le matin du quatorze juillet, bien en rangs, alignés les uns derrière les autres, avançant en ligne droite. Certains, au moment de tourner, entonnent un chant, afin de cacher leur douleur et camouflent leurs cris sous un air bien connu.

 

Certains d’entre eux, en bonne condition physique, s’adonnent au sport, à l’athlétisme en pratiquant le cent mètres. Pas d’autre distance que le cent mètres ! Pourquoi ? Eh bien, parce que cette distance permet de courir tout droit ! C.Q.F.D!

 

Cette maladie, vous disais-je plus haut, est handicapante. Imaginez un peu le calvaire que vivent ces gens: dès la plus jeune enfance, ils sont privés du tourniquet dans les jardins publics. Ils font ceinture pour la foire du trône, et plus tard, ils sont résolument et éternellement assis sur un banc ou une chaise pendant que les autres valsent avec allégresse sur la piste de danse. Quelle misère ! Quelle tristesse !

 

On remarquera que les personnes atteintes de Girandole préfèrent passer pour sourds plutôt que d’avoir à tourner la tête quand on les appelle. Et ce type de personnalité souffrante apparaît souvent comme « pète-sec », directe ; autant vous dire que ces gens-là ne tournent pas autour du pot !

 

 

Je subodore que vous vous interrogez sur les causes de cette affreuse maladie ; je sens d’ici que vos neurones s’activent, que votre cortex entre en ébullition. Calmez-vous! Je vais vous apporter la lumière et vous extirper hors des ténèbres de l’ignorance.

 

Figurez-vous qu’il se trouve dans l’oreille interne un tout petit organe que l’on appelle le colimaçon dont la paroi interne est recouverte de cils hyper sensibles. Ces cils comme le chantait si bien Claude Nougaro, en vibrant (les cils, pas Nougaro…), envoient des signaux au cerveau à chaque mouvement de la tête, ce qui permet de conserver son assiette en toute circonstance (rien à voir avec l’alimentation).

 

Certains, plus éveillés que d’autres pensent déjà très fort aux otolithes qui sortent de leurs sentiers battus et incommodent le patient… Eh bien non ! Il s’agit d’autre chose: les cils en question, vibratiles à souhait peuvent dans certains cas subir une inflammation et durcir au point de cristalliser ; ce qui, curieusement, les rend bien plus sensibles et terriblement efficaces ! Les signaux envoyés au cerveau se trouvent alors multipliés par cent…

 

Bien, maintenant, vous comprenez aisément dans quelles affres évoluent ces pauvres malheureux à chaque changement brutal de direction.

 

Alors, maintenant que vous savez ce qu’endurent ces gens, vous y réfléchirez deux fois avant de vous emporter quand la voiture devant vous ralentira de façon exagérée au moment de tourner, quand un usager de la route n’obtempèrera pas à un signal de giration obligatoire ou bien quand un véhicule prendra son temps pour entrer dans un rond-point. Vous aurez alors de la compassion en devinant l’appréhension et la douleur de ces pauvres hères.

 

 

Voilà, très chers citoyens de Guilers, une bonne chose de faite. J’ose espérer que ma petite contribution vous sera utile et que, peut-être, vous rejoindrez bientôt les rangs de mes si nombreux disciples.

 

 

Votre très dévoué professeur Bourremou.

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