TEPUY ou la quête de John March

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TEPUY

La quête de John March.

 

Ecrit par Ludovic Coué le 03 novembre 2018

 

 

 

 

 

Le monde est une merveille. Empli de beautés et de mystères étonnants. Merveilleux ou terribles. Et une vie intéressante consiste à découvrir l’un d’eux.

 

 

 

* Un tepuy est un haut plateau à contours particulièrement abrupts, fréquent dans la Gran Sabana vénézuélienne et dans les régions voisines.

 

 

 

 

 

 

Cinq ans après la disparition du professeur March, dans les conditions que vous savez si vous avez lu mon récit à propos de sa découverte, son fils unique et héritier de sa grande fortune m’a contacté.

Il m’a appelé un soir fort tard en raison du décalage horaire (il se trouvait à Tokyo pour ses affaires). Il paraissait passablement excité et, l’espace d’un instant, j’ai cru me retrouver propulsé cinq ans plus tôt.

_ Allo, Jean ? Je l’ai trouvé !

_ Pardon ?

_  Je l’ai trouvé te dis-je !

_ Mais de quoi diable me parles-tu ?

_ Du journal de Gonzalo Jiménez de Quesada! Avec la carte en prime !

_ Oh, vraiment ? Félicitations. Cela ne pouvait-il pas attendre demain matin pour en parler ?

_ ??? Pourquoi ? Quelle heure est-il chez toi ?

_ Quatre heures du matin.

_ Oh, je vois. Je suis confus et te demande de me pardonner. J’étais tellement heureux de partager avec toi cette nouvelle que j’en ai oublié le décalage horaire et les convenances.

_ Oublie ça. Es-tu certain de son authenticité ?

_ Absolument ! C’est écrit en vieil espagnol et j’ai fait procéder à l’analyse de l’écriture, celles de l’encre et du papier. Tout est OK.

_ Soit ! Et où situe-t-il notre affaire ?

_ Tu auras du mal à le croire ! Au Venezuela. En gran sabana, dans le sud-est du pays.

_ Une cité antique ? Un temple perdu dans la jungle ?

_ Humm… Pas vraiment…

_ Tu excites ma curiosité, là !

_ D’après ce que j’ai pu extraire du carnet, il s’agit d’un site haut perché… Un tépuy.

_ Un tépuy ? Les conquistadors ont réussi à grimper en haut d’un tépuy ?

_ Oui. D’une certaine façon…

_ De quel tépuy s’agit-il ?

_  L’Auyantepuy.

_ Forcément…

_ Que veux-tu dire par là ?

_ Ce ne sera pas une mince affaire. Il fait 700km² et il est très haut.

_ Je sais. Pas un problème. Je prépare l’expédition. Tu en es, évidemment.

_ Tu dois savoir que je suis fort occupé en ce moment avec…

_ Foin de balivernes Jean ! Tes études importent, certes, mais avoue que tu ne peux pas passer à côté de ça !

Je te veux pour que toi aussi, tu puisses constater que je suis bien digne de mon père.

_ Je n’en ai jamais douté John.

_ Ne me fais pas faux bond. Au nom de notre amitié et en souvenir de mon père. Je veux que le monde entier apprenne que John March a fait la découverte du siècle ! Tu comprends ?

_ Je comprends parfaitement… OK. Je t’accompagne.

_ Merci Jean. Tes billets d’avions sont réservés à ton nom et j’ai obtenu ton visa. Tu vas recevoir une enveloppe par porteur dans la journée. On se retrouve au Venezuela. Pense à emporter des vêtements chauds. Je crois qu’il fait frisquet là-haut ! Ciao !

 

 

En raccrochant. J’ai repensé à la Guyane et au départ du professeur vers une destination mystérieuse et inconnue. J’ai ressenti comme une oppression et une certaine appréhension.

J’ai bien pensé à me recoucher, mais les perspectives de ce nouveau voyage monopolisaient mes idées.

Je me suis donc préparé un bon café et j’ai fait quelques recherches sur le Net concernant le tépuy en question.

 

Il y a six mois de cela, John m’avait rendu visite pour me parler de ce conquistador parti avec une poignée d’hommes à la recherche d’un mystérieux trésor que les indigènes Arawak attribuaient aux dieux. John s’était rendu à Madrid ainsi qu’à Séville sur les traces de Gonzalo Jiménez de Quesada. C’est à Séville, dans les archives de la cathédrale, non loin du tombeau de Christophe Collomb qu’il avait trouvé un document relatant l’expédition en question et précisant que Gonzalo Jiménez de Quesada avait noté dans un carnet les moindres détails de son expédition au Venezuela. De là, il avait suivi la trace du carnet qui avait été vendu successivement à différents collectionneurs… Jusqu’à Tokyo ?

 

L’Auyantepuy culmine à 2410 mètres. Son nom signifie : La montagne du diable ! Ça promet…

 

Vers dix heures, on a sonné. Un type affublé d’un casque de moto à visière noire m’a salué et promptement remis mon enveloppe pour disparaître aussitôt ! Bigre ! En effet, ça ne traînait pas.

Dans l’enveloppe, un billet aller simple en première classe pour Caracas sur un vol Air France en soirée à partir de CDG, un passeport tout neuf agrémenté d’un visa pour le Venezuela et une enveloppe plus petite enfermant une lettre de John.

 

John m’y expliquait comment il avait retrouvé et acheté à prix d’or le fameux carnet de Gonzalo Jiménez de Quesada. Il m’informait aussi que la nature du trésor n’était peut-être pas ce que l’on imaginait. Sans plus de détail. Le bougre avait réussi ! J’étais excité comme une puce caféinée à l’idée de repartir en quête d’aventures. Attiré par tant de mystères.

 

 

Après un vol sans histoire, j’étais accueilli par John en personne dans le hall de l’aéroport Simon Bolivar.

Il semblait heureux derrière ses lunettes noires et il était coiffé d’un magnifique panama. Le reste de sa tenue était sobre, clair et élégant. Je me rendais compte à cet instant à quel point il pouvait ressembler à son père.

_ Jean ! Mon ami ! Comme je suis heureux de te voir enfin arriver ! As-tu fait bon voyage ?

_ Idéal ! Merci John.

_ OK. On prend une collation au salon VIP, je te présente l’équipe qui nous attend et on embarque sur un nouvel avion pour nous rendre à Puerto Ordaz. Mon Dieu ! On va y arriver Jean ! Tu te rends compte ? Allez, suis-moi. Tu as faim au moins ?

C’était bien la première fois que John exprimait un tel enthousiasme. Il faut savoir qu’il a toujours grandi dans l’ombre de son père et que pour lui, porter le nom de March n’était pas toujours chose aisée. J’ai rencontré John à plusieurs reprises; Mais c’est depuis mon retour de Guyane que nous sommes devenus amis.

John a toujours pensé que son père était décédé en Guyane. J’ai eu beau lui expliquer plusieurs fois ce qui s’était passé là-bas, je suis certain qu’il ne m’a jamais cru. Il a pensé que j’avais inventé cette histoire pour le ménager. Et puis, c’était mieux ainsi. Un décès permettant d’hériter…

 

Au salon VIP, deux personnes nous attendaient : Un grand type costaud hâlé par le soleil, la quarantaine, vêtu comme un explorateur et une jeune femme blonde, la quarantaine aussi ou approchant,  les cheveux coupés au carré, mince et d’allure sportive, en jean délavé et tee-shirt arborant un magnifique smiley. Brian et Judith.

Brian était là pour assurer la logistique dans ce type d’expédition en raison de sa longue expérience de la jungle et Judith une scientifique, docteur en médecine et spécialiste en cryptozoologie; docteur Judith !

A l’énoncé des diplômes de Judith, j’ai remarqué que Brian levait les yeux au ciel.

 

Nous avons emprunté un bimoteurs et fait route sur Puerto Ordaz dans l’état de Bolivar.

Arrivés à destination, deux range rover nous attendaient. Deux véhicules pour nous transporter ainsi que notre matériel assez conséquent.

Nous sommes arrivés dans le parc de Canaima. Là, nous avons quitté nos véhicules pour embarquer sur de grandes pirogues. Deux locaux, de solides gaillards nous y attendaient, employés par John pour nous accompagner et nous aider à porter une partie de notre matériel jusqu’à notre campement de base que nous allions monter dans la jungle, au pied du tépuy.

Nous avons suivi les méandres du fleuve Caroni , quitté la savane silencieuse pour nous enfoncer plus profondément dans la végétation de plus en plus luxuriante et bruyante. Il régnait une chaleur moite qui nous collait les vêtements à la peau. Rapidement, nous avons été assaillis par une multitude d’insectes avides de nourriture.

Nous avons abandonné les pirogues, nous nous sommes répartis le matériel et avons entamé notre progression vers l’imposant édifice naturel.

Judith nous a donné des pastilles de sel pour nous éviter la déshydratation durant l’effort.

John marchait en tête, dynamique, plein d’entrain.

Au bout de quelques heures, alors que le soleil déclinait à l’horizon, nous avons établi notre campement. Brian nous a expliqué que nous devions amarrer des hamacs entre les arbres à un mètre cinquante du sol et tendre un cordage au-dessus pour y déposer une moustiquaire et une bâche qui nous protègerait de la pluie.

Ainsi, nous serions hors de portée des animaux qui parcourent la jungle la nuit et des insectes qui en infestent l’air.

Nous avons fait du feu pour chauffer notre repas et éloigner les animaux. Judith nous a prodigué de précieux conseils d’hygiène en pareille contrée.

Nous nous sommes installés autour du feu et je me suis assis à côté de John.

_ Alors, John, vas-tu enfin nous dire ce que nous allons chercher en haut du tépuy ?

_ Je vais vous lire ce que Gonzalo Jiménez de Quesada a écrit : Ce que nous avons trouvé au sommet, après des jours de recherches, dépasse notre entendement. Par la sainte croix, nul d’entre-nous n’avait jamais vu pareille chose. C’était à la fois merveilleux et mystérieux. Nous n’avons pu l’emporter et avons décidé de revenir plus nombreux et mieux armés afin de rapporter ce miracle à la couronne d’Espagne.

_ Mieux armés ? Pourquoi ?

_ Je l’ignore. Il semblerait que l’expédition de Gonzalo Jiménez de Quesada ait affronté un grand danger. Plusieurs hommes sont morts là-haut. Gonzalo Jiménez de Quesada n’a pas expliqué ce qui s’est réellement passé…

Il n’est jamais revenu sur le site. Il a entretemps reçu l’ordre de conquérir los llanos. Une véritable catastrophe dont il ne s’est jamais remis… Brian ? Pouvez-vous ouvrir la caisse spéciale et nous montrer ce qu’elle contient ?

_ OK. Je reviens.

Brian s’est levé et a dégagé une caisse étanche en plastique noir mat. Il l’a apportée en semblant fournir un gros effort.

Une fois ouverte, la caisse a révélé, insérées dans une mousse épaisse, des armes automatiques et des armes de poing.

 

_ John ! Est-ce bien nécessaire ?

_ Je le crains, mon ami. Les tépui hébergent une faune unique endémique que nous connaissons mal. Gonzalo Jiménez de Quesada a perdu pas mal de monde et il est fort probable qu’ils aient été attaqués par des animaux féroces. Je ne veux pas prendre de risques.

 

Judith s’est saisie d’un pistolet automatique, y a engagé un chargeur et l’a glissé dans sa ceinture : ça me paraît effectivement indispensable. A-t-elle déclaré en souriant.

 

Brian m’a tendu un automatique et a distribué les autres à tous les membres de l’équipe qui semblaient familiarisés avec ces armes.

En ce qui me concerne, je n’avais jamais tenu d’arme de ma vie et m’en trouvais presque honteux. J’ai fait part de mon inexpérience à Brian qui m’a assuré qu’il allait m’expliquer leur fonctionnement.

 

La nuit s’est déroulée sans incident. J’ai peu dormi, repensant à ce que John nous avait dit. Que diable pouvait-il bien y avoir au sommet ? Et comment étaient morts les hommes de Gonzalo Jiménez de Quesada ?

 

Au petit matin, nos porteurs avaient ranimé le feu et une gamelle remplie d’eau bouillante reposait au-dessus des flammes sur une grille. Apparemment, j’étais le dernier à me lever; réveillé par le tintamarre des animaux qui, par leurs cris, saluaient le jour nouveau.

Des mangues et d’autres fruits que je ne connaissais pas étaient déposés dans un plat. Délicieux. Le petit déjeuner était prêt.

Après avoir bu un café lyophilisé brûlant, nous avons entrepris un inventaire de toutes nos caisses. J’ai remarqué que nous n’avions aucun matériel d’escalade à notre disposition. J’en ai fait la remarque et John m’a répondu avec un sourire malicieux que nous n’en aurions pas besoin.

Gonzalo Jiménez de Quesada avait mentionné dans ses notes qu’un passage existait. Un boyau menant jusqu’au sommet, qu’il fallait retrouver en localisant une pierre sculptée par les Arawak qui considéraient alors le site comme sacré et qui répugnaient à s’y rendre, pris d’effroi à cette idée.

 

La carte était précieuse et s’est révélée juste. Nous n’avons pas mis beaucoup de temps à trouver la pierre gravée. L’entrée du boyau se trouvait derrière. Etroit, sombre et ruisselant.

En file indienne, nous avons progressé, munis de lampes frontales, le long de cet interminable chemin obscur. Au bout d’une vingtaine de mètres, le boyau s’était élargi et nous avions bientôt pu nous tenir debout. Les parois étaient recouvertes de peintures étranges; peut-être des signes magiques pour les Arawak ?

Au bout de deux jours de marche forcée, nous avons aperçu une faible lueur et nous l’avons suivie tels des papillons de nuit. En arrivant au sommet, deux jours plus tard, nos vivres bien entamées et fourbus, nous avons écarté le dais de végétation qui obstruait la sortie du conduit. La lumière a immédiatement jailli à l’intérieur et nous avons tous souffert de cet éblouissement soudain après quatre jours passés dans l’obscurité.

 

John a déplié la carte et nous a précisé où nous nous trouvions. Un pointillé sinuait pour finir sur une croix. Nous avons estimé la distance à parcourir à trois heures de marche.

Il faisait beaucoup moins chaud qu’au pied du monument et la végétation était bien différente, quoique fort dense et variée.

En nous approchant du bord, nous nous sommes rendu compte que nous nous situions bien au-dessus des nuages. Je n’ai pu m’empêcher de penser aux aventures du professeur Challenger et à son monde perdu… Nous avions une vision panoramique sur le plateau vert qui semblait continuer au-delà de l’horizon. Le sol était recouvert de grands arbres et aucune clairière ne s’offrait à notre vue. J’imagine qu’en cas de nécessité, aucun hélicoptère n’aurait pu se poser pour nous porter secours.

 

Quatre heures de marche plus tard, nous sommes arrivés sur un site de ruines envahies par la végétation. De pans de murs subsistaient, présentant un étrange agencement des pierres énormes pour certaines. Elles étaient ajustées les unes aux autres avec un soin inouï ! Une perfection en la matière. Aucune maçonnerie, pas trace de quelque joint. Les pierres étaient parfaitement en contact avec les autres malgré des formes complètement différentes.

 

Nous avons suivi un chemin magnifiquement pavé qui nous a menés à une enceinte au milieu de laquelle reposait sur un piédestal un énorme cristal irisé qui réfléchissait la lumière du soleil filtrant à travers les arbres. Le piédestal comportait une fente et d’étranges inscriptions qui ne me semblaient appartenir à aucune écriture connue.

Nos porteurs ont commencé alors à montrer des signes d’inquiétude.

 

Nous avons photographié le site et débuté les investigations autour du magnifique cristal.

Judith a passé autour de l’objet un détecteur et nous a avertis qu’il émettait des ondes étranges.

 

En allant plus loin, Brian a trouvé une cuirasse espagnole rouillée parmi des restes humains éparpillés et d’autres ossements bizarres. Il l’a soulevée et découvert un antique poignard sombre et brillant, tout en obsidienne dont la lame était étrangement irrégulièrement crantée de manière identique sur ses deux bords. Elle comportait gravés, les mêmes signes que le support du cristal.

Brian a conclu que le poignard devait être lié à d’antiques rituels de sacrifice, mais, quand John a ausculté l’objet, il a déclaré qu’il s’agissait plutôt d’une clé. Et que cette clé avait un rapport avec la fente située sous l’énorme cristal.

Judith a prévenu John qu’il était risqué d’introduire la clé avant que l’on sache exactement à quoi nous avions affaire.

J’étais de son avis et en ai fait part à John.

John se tenait devant le cristal et observait silencieusement le poignard sous toutes les coutures, semblant absorbé par une intense réflexion. Comme interdit. Puis au bout d’un moment, il nous a fait face et s’est exprimé :

_ Pour quelles raisons sommes-nous venus jusqu’ici ?

_ Pour découvrir ce qu’avait trouvé de Quesada. Et on l’a trouvé.

_ Certes, Jean. Mais on ne peut partir sans utiliser la clé et comprendre à quoi sert ce cristal.

Brian et Judith ont rappelé que de Quesada avait perdu nombre de ses compagnons sur ce site. Et qu’il serait plus prudent d’en savoir plus avant d’activer quoi que ce soit.

 

Je me suis hasardé à questionner John : Que dit de Quesada à ce sujet ?

_ Rien de cohérent. Je suppose qu’il devait délirer au moment où il a écrit ce passage.

_ Tu peux nous le lire ?

_ Si vous voulez… « Quand Fernandes a introduit le coutelas sous la pierre, cette dernière a semblé prendre vie. Le sol a tremblé et nous sommes tous tombés à terre. Quand nous nous sommes relevés, la porte des Enfers s’est ouverte en grand sur nous, crachant deux démons écailleux qui ont dévoré nos compagnons. Nous n’avons dû notre salut qu’à la présence d’esprit de Fernandes qui a promptement ôté le coutelas d’où il l’avait placé. Alors la porte de l’Enfer s’est immédiatement refermée avant que d’autres créatures infernales ne viennent nous assaillir et nous avons pu venir à bout des démons qui se repaissaient de nos amis. »

 

Vous comprenez bien qu’il n’avait pas tous ses esprits !

_ Il ne faut pas activer cet engin ! A crié Judith. C’est une porte sur un autre monde ! Un monde sauvage et apparemment dangereux !

_ Croyez-vous que je puisse repartir d’ici sans l’activer ? Si je ne puis expliquer ce qu’est ma découverte, on me rira au nez ! Je vois d’ici les titres des journaux…

 

Je me suis approché de John. C’est la boîte de Pandore que tu vas ouvrir John. Ne fais pas ça. Ta découverte est déjà extraordinaire. Tu n’as pas besoin de prendre un tel risque pour tous. Publie ta découverte et organise une deuxième expédition plus nombreuse et préparée à toute éventualité.

 

Brian et Judith opinaient de concert, de même que nos porteurs qui s’étaient singulièrement écartés.

 

_ Je vous dis que je ne peux repartir d’ici sans savoir exactement à quoi sert ce cristal. Pour l’instant, je n’ai découvert qu’un joli caillou ! Tu parles d’un scoop ! Mon père doit se tordre de rire dans sa tombe !

_ Il n’est pas mort John. Il n’est pas mort. Du moins pas à ma connaissance.

_ Conneries ! Je ne suis plus un gamin ! Pas la peine de me raconter des histoires à dormir debout. Je sais qu’il est mort en Guyane. Sans doute de la main d’orpailleurs ou de trafiquants en tout genre… Alors, tes histoires d’OVNI, tu peux te les garder…

_ C’est pourtant la stricte vérité !

_ Bien sûr ! En attendant, je n’ai jamais été aussi prêt de réussir ! Alors si vous avez si peur, partez ! Partez et laissez-moi activer ma découverte en paix.

 

John brandissait la clé en obsidienne au-dessus de sa tête; les yeux exorbités et affichant une grande pâleur.

S’adressant aux porteurs : Fuera de mi ! Fuera !

Les bougres ne se sont pas fait prier… Ils ont aussitôt détalé.

 

Alors que Brian et Judith allaient à nouveau argumenter, John a subitement introduit la clé dans la fente. Immédiatement, un vrombissement terrible s’est produit; le cristal s’est mis à briller de mille feux. La terre a tremblé et alors que nous posions nos mains contre nos oreilles pour nous protéger du vacarme grandissant, l’air a semblé se liquéfier. J’ai noté que John avait gardé sa main sur le manche en obsidienne.

Sur notre droite, la forêt a paru devenir floue puis a disparu pour laisser place à un paysage désertique et rocailleux. Tout semblait calme jusqu’à ce qu’un cri épouvantable se fasse entendre.

Instinctivement, nous avons tous saisi notre arme. Brian a épaulé son fusil-mitrailleur et l’a pointé en direction du cri.

 

D’autres cris plus lointains ont répondu au premier, nous glaçant d’effroi.

 

John paraissait hypnotisé par ce paysage sablonneux et ne réagissait pas à nos supplications. Brian a tenté de s’emparer de la clé, mais John a immédiatement pointé son arme sur lui.

_ Attends ! Attends un peu qu’on voie de quoi il s’agit avant de fermer, lui a ordonné John, les mâchoires serrées en un trismus inquiétant. Il avait toujours la main fermée sur le manche du poignard et suait à grosses gouttes maintenant.

On entendait comme un frottement au sol qui se rapprochait ainsi qu’une respiration de plus en plus sonore, de plus en plus proche !

Ensuite, c’est allé très vite. Une bête immonde a jailli dans notre monde en poussant un cri effroyable et a happé John d’un coup du haut vers le bas jusqu’à la taille ! Il ne restait plus de mon ami que sa main toujours refermée sur la clé et son avant-bras sanguinolent qui semblait contracté et animé de spasmes. Le reste de son corps pendait tristement de la gueule du monstre.

La bête mesurait près de trois mètres de haut et était massive; dotée d’une tête énorme bordée de grandes dents pointues. Elle ne semblait pas posséder de cou mais bénéficiait de bras et de jambes musculeux et très développés. Son corps était recouvert de grandes écailles épaisses. Sa couleur tendait vers le violet.

 

Tout à son repas improvisé en la personne de mon ami, la bête s’est écartée pour semble-t-il terminer de manger tranquillement à l’écart.

Une fois le choc passé, j’ai immédiatement enlevé le poignard de la fente, écœuré par le contact de la main de John toujours refermée sur le manche, que je serrais.

Il était temps car on entendait déjà d’autres de ces monstruosités arriver.

Brian et Judith ont alors vidé leur chargeur sur le terrible animal qui a d’abord semblé vouloir en découdre, mais qui s’est écroulé quand Brian lui a explosé la boîte crânienne.

 

 

 

Nous avons relaté notre effroyable histoire aux autorités vénézuéliennes qui ont dans un premier temps mis en doute notre santé mentale. Puis, à force d’insister, le gouvernement a accepté de nous accompagner sur le site en suivant le même chemin que celui que nous avions emprunté.

 

Devant le cadavre déchiqueté du John, celui de la bête monstrueuse et le cristal, les représentants de l’état ont bien été obligés d’admettre que nous avions dit la vérité.

 

Ils ont dégagé le site en coupant les arbres sur un large périmètre afin de permettre aux hélicoptères de l’armée de se poser à proximité.

 

Ils ont emporté le monstre et le corps de mon ami. Nous leur avons donné le carnet du conquistador.

Nos passeports ont été réquisitionnés et nous avons été confinés tous les trois à l’hôtel en attendant une décision du sommet de l’état.

 

Nous avons raconté notre histoire en omettant que la clef était en lieu sûr car je l’avais expédiée par la poste avant de contacter les autorités. Nous avons prétendu l’avoir perdue en quittant précipitamment ce site épouvantable.

 

Des américains nous ont ensuite rendu visite, tous vêtus de sombre, le crâne presque rasé. Si les autorités du Venezuela n’avaient pas prévenu notre ambassade, j’ignore ce que nous serions devenus…

 

Il a été convenu que John avait perdu la vie suite à ses blessures occasionnées par l’attaque d’un fauve dans la jungle.

 

Mais maintenant, vous savez qu’il n’en est rien.

 

Et le poignard en obsidienne ? Qu’est-il devenu ? Me demanderez-vous. Eh bien, j’en ai fait don à un célèbre musée sous anonymat, en prétendant qu’il s’agit d’un couteau sacrificiel Maya en provenance du Mexique. Relique détenue par ma famille depuis des générations.

Alors, si un jour, au détour d’une galerie Maya, vous apercevez dans une vitrine un grand couteau en obsidienne avec la lame gravée de symboles inconnus et les bords crantés bizarrement, passez votre chemin !

 

8 Commentaires

  1. Une nouvelle très sympa dans laquelle on plonge volontiers. L’univers fait tout de suite penser à benjamin gates ou bien tomb raider si l’on extrapole un peu. J’attends avec impatience les prochaines !

  2. Une aventure de plus qui se lit avec plaisir. Bien emmené au sommet mais l’effet « finger » de la fin laisse sur la faim 😉 Continues Ludo!!!

  3. Encore une aventure dépaysante qui se lit avec frissons 😲
    En cette période de grande marée, je vous rappelle qu’ on peut soulever un caillou. ….mais qu’ il faut ABSOLUMENT le remettre en place 😯 sinon on peut réveiller. ….le monstre qui s’y cache 😨

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